En route vers l'indemnisation des taxis en 2017?

CAMPAGNE A un an du scrutin présidentiel, l’hypothèse d’un dédommagement des taxis fait son chemin…

Juliette Bonneau

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Une majorité de partis politiques plaident en faveur d'une indemnisation des taxis.
Une majorité de partis politiques plaident en faveur d'une indemnisation des taxis. — T. Reynaud/SIPA

Qui réglera la crise entre taxis et VTC? Si le gouvernement tente d’apaiser les tensions, force est de constater que le conflit n’est toujours pas réglé et que la situation menace régulièrement de dégénérer. Désigné médiateur par le gouvernement, le député socialiste Laurent Grandguillaume a remis à la fin février un rapport sur la question. Parmi les pistes évoquées par le député de la Côte-d’Or, un volet répressif avec des contrôles accrus pour les VTC ainsi que la création d’un fond de garantie du prix des licences. Cette dernière proposition permettrait, sous conditions, d’indemniser certaines licences au départ à la retraite de leurs propriétaires.

Le dédommagement des taxis semble donc peu à peu s'imposer comme une des conditions indispensables à une sortie de crise. Face à cette probabilité, les partis politiques préparent leurs propositions, quelques mois avant l’adoption des programmes définitifs en vue de l’élection présidentielle. «Il faut faire en sorte que ceux qui ont investi et qui comptent là-dessus comme retraite d’appoint ne soient pas perdants», explique Julien Bayou porte-parole d’Europe Ecologie-Les verts. «C’est une indemnisation qui aura un coût, le coût de l’inaction de l’Etat pendant des années», prévient-il.

Qui pour financer l’indemnisation des taxis?

A Paris, une licence (Autorisation de stationnement pour l’administration) se négocie en moyenne entre 220.000 et 250.000€, 200.000€ environ en banlieue. Un dédommagement pourrait donc coûter très cher. Il est estimé à 4,5 milliards d’euros par le think thank Terra Nova, proche du Parti socialiste. Le gouvernement est lui resté très évasif sur le financement d’une telle hypothèse tandis que Laurent Grandguillaume écrivait que le financement pourrait passer par «une contribution assise sur le secteur».

Pour le président du groupe UDI à l’Assemblée nationale, Philippe Vigier, c’est bien à l’Etat de sortir le portefeuille: «L’Etat doit s’engager à racheter les licences mais pas au prix le plus haut. Le rachat doit se faire au moment où les taxis partiront à la retraite et doit permettre de préserver le capital que les gens auront mis au départ.»

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Le portefeuille étatique, c’est également la solution mise en avant par le Front national. Membre du bureau politique du FN et député européen, Bernard Monot défend un dédommagement financé, «soit par l’Etat», «soit par les collectivités territoriales».

Du côté du PS, Gabrielle Siry, secrétaire nationale en charge de l’économie, évoque la possibilité, défendue par Laurent Grandguillaume, de créer un fond de garantie pour «racheter les licences qui ont perdu de la valeur». Sans préciser toutefois par quel biais il pourrait être financé.

Un financement par les plateformes elles-mêmes?

Spécialiste des questions du numérique au sein du Front de gauche, Yann Le Pollotec s’emporte contre l’asymétrie de statut entre taxis et VTC. Selon lui, la priorité est de faire respecter le droit fiscal et social des plateformes numériques, telles que Uber. «On a des gens qui se battent sur un même marché mais pas avec les mêmes armes. Tout le monde doit être logé à la même enseigne! Uber doit payer des impôts, salarialiser ses chauffeurs ou au moins contribuer à leur protection sociale.»

Yann Le Pollotec défend un système de «taxation au clic» pour les plateformes numériques. Un système qui pourrait, à terme, permettre de financer l’indemnisation des taxis et laisser la place à d'autres applications, à l’image de ce qu’a récemment mis en place la mairie de Séoul. L'été dernier, la capitale sud-coréenne a purement et simplement interdit l'application Uber, remplacée par une version locale, Kakao Taxi, ouverte aux taxis et...aux VTC.