Le covoiturage courte distance souhaiterait carburer davantage

NOUVELLE MOBILITE Le covoiturage des petits trajets peine à se développer en dépit des solutions qu’il apporte…

Clémence Chopin

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Le site de covoiturage domicile-travail, répartit équitablement les frais de déplacement.
Le site de covoiturage domicile-travail, répartit équitablement les frais de déplacement. — Wayz-Up

Avant de devenir le géant du covoiturage, BlaBlaCar a tracé sa route sur les trajets courts. Si la start-up française a rapidement bifurqué vers la longue distance, des petites entreprises pleines d’audace aimeraient s’engouffrer sur ce marché prometteur.

Ancré dans nos habitudes, le covoiturage révolutionne notre manière de traverser la France. Pourquoi ne pas l’étendre aux déplacements réguliers et quotidiens, principalement pour les itinéraires domicile-travail? Sharette, Trajet à la Carte, Wayz-Up ou encore ID Vroom, service de covoiturage courte distance lancé par la SNCF, se destinent à désengorger nos routes sur lesquelles de nombreux automobilistes sont seuls dans l’habitacle.

Autre objectif: renforcer le quadrillage du territoire, notamment péri-urbain. Les préoccupations environnementales et la hausse du prix de l’essence et du coût de l’entretien d’une auto devraient contribuer à séduire de nouveaux conducteurs.

Un gain de temps, à condition de trouver un conducteur

Utilisateur de Sharette depuis octobre 2014, Eloi Fontaine loue le gain de temps procuré par ce service de covoiturage urbain. «J’habite à Boulogne et pour me rendre sur mon campus étudiant, qui est à Gif-sur-Yvette, je mettais 1h40 en cumulant le métro, le RER et le bus», affirme l’étudiant de 22 ans. Forte de son offre complémentaire aux transports en commun classique, la start-up, lancée par le Parisien Grégoire de Pins en 2013, a pu nouer un partenariat avec la RATP. Sharette ambitionne d’apporter une solution alternative et pratique à la fermeture estivale du RER A entre la Défense et Auber.

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Le gain de temps est donc réel… à condition de trouver une personne à qui faire le trajet. Aujourd’hui, encore trop peu de conducteurs sillonnent les routes pour les petits trajets pendulaires. «Le covoiturage courte distance ne répond pas aux mêmes besoins que pour les longs trajets», souligne le fondateur de Wayz-Up, service dont la cible est les navettes domicile-travail. Julien Honnart relève donc plusieurs spécificités: «Le conducteur est inflexible sur la route qu’il emprunte: il la choisit en tenant compte des enfants à déposer ou des embouteillages à éviter et ne veut pas la changer. Il faut rajouter à cela les horaires de départ du travail, qui varient le soir.»

Référencier les points de passage

Alors quelles solutions? Pour attirer de nouveaux inscrits, Emmanuel de Vauxmoret, responsable projet chez Trajet à la Carte, mise sur les alertes en temps réel. «Les conducteurs repèrent rapidement les personnes enregistrées sur leur passage et peuvent faciliter les recherches par ville», affirme-t-il. Pour que le système devienne le plus efficace possible, il faut encore multiplier les conducteurs. Et c’est souvent là que le bât blesse.

Faute d’utilisateurs déjà inscrits en assez grand nombre (la fameuse masse critique à atteindre), ces services peinent à en convaincre de nouveaux. D’autant que l’absence d’un acteur de référence comme le géant BlaBlaCar n’aide pas les utilisateurs à s’y retrouver.

Et l’argent semble-t-il n’est pas la solution pour amorcer la pompe. «Le covoiturage courte distance n’est pas aussi rentable que celui des longues distances. Pour les petits trajets, le conducteur réalise surtout des économies, qui peuvent aller jusqu'à 3.000€ par an s'il covoiture très régulièrement», explique Julien Honnart de Wayz-Up. De son côté, le service Sharette a fixé un tarif unique de 2,36 euros, dont 2 euros pour le chauffeur, en plus de l’abonnement au Pass Navigo.

30% des salariés prêts à covoiturer

L’avenir de ces services digitaux passera peut-être par les entreprises classiques. Wayz-Up gage en effet sur les partenariats tissés avec plusieurs groupes pour encourager les salariés à mutualiser leurs trajets. En creux, l’idée est de rationnaliser, à l’échelle de très grands sites de travail, les petits arrangements («Tu passes me prendre demain ce matin?»), généralement conclus à la machine à café.

De quoi susciter des vocations puisque 30% des salariés se disent prêts à covoiturer, selon des enquêtes réalisées par les chambres de commerce et d’industrie. On le savait déjà pavé de bonnes intentions, on découvre désormais que le chemin des pionniers du covoiturage pourrait mener vers le succès.