«Les enseignants vont devoir se réinventer»

INTERVIEW Pour le jeune créateur de Learn Assembly, les formations en ligne obligent à repenser le mode d’enseignement…

Clémence Chopin

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Antoine Amiel est le fondateur de la première université collaborative des entrepreneurs.
Antoine Amiel est le fondateur de la première université collaborative des entrepreneurs. — LearnAssembly

Antoine Amiel a fondé Learn Assembly, première université collaborative, afin de transformer l’éducation et démocratiser l’univers entrepreneurial et digital via des formations interactives, filmées et disponibles en ligne.

S’inspirant de la culture des cours à distance, collaboratifs et ouverts à tous, le jeune homme pose son regard sur les nouvelles façons d‘enseigner. Selon lui, les professeurs ne sont pas voués à disparaître.

Les Mooc sont des lieux virtuels où enseignants et élèves interagissent pour apprendre autrement. Les cours magistraux sont-ils dépassés?

Ils le sont en partie, pour certains sujets, qui demandent à être traités différemment. Je pense par exemple à ceux à finalité concrète sur «comment s’insérer sur le marché du travail?». De manière générale, on sent que les élèves veulent davantage d’échanges. Ils sont favorables à la mise en place de cas pratiques, nourris par l’émulation des discussions entre les pairs (professeur et élèves).

Ce n’est pas un hasard si le phénomène des Mooc est né aux Etats-Unis: dans ce pays, les étudiants participent plus activement aux cours que chez nous.

Ces formations à distance reposent sur la gratuité. Les professeurs vont-ils disparaître?

Non, mais ils vont devoir se réinventer pour s’adapter à cette nouvelle vision de l’enseignement. C’est d’ailleur un enjeu fort car beaucoup d’entre eux craignent des suppressions de postes.

Actuellement, les professeurs sont payés pour transmettre le savoir en parlant à un auditoire qui prend des notes. Les Mooc fonctionnent différemment: les cours du professeur, diffusés gratuitement sur une plateforme, donnent ensuite lieu à des échanges depuis des forums. Et c’est là toute leur valeur ajoutée qui incite les enseignants à repenser leur métier.

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Les formateurs ne se cantonnent donc plus à transmettre le savoir. Ils doivent aussi faciliter l’apprentissage des connaissances grâce à des travaux pratiques et en étant plus réactifs pour répondre à toutes les questions que se posent l’apprenant. Leur métier va évoluer vers l’approfondissement d’un sujet.

Creuser un sujet en s’amusant (on parle de ludification des cours) fait partie des nouveaux modes d’apprentissage. L’autorité de l’enseignant est-elle remise en question?

L’autorité d’un professeur ne se résume pas à l’écouter parler. Je pense qu’il est là aussi pour accompagner ses élèves, les aider à se construire. Certains formateurs sont d’ailleurs perçus comme des coachs.

Cela passe par des cas pratiques ludiques, inventés par eux, où les pairs se corrigent les uns les autres pour trouver la meilleure solution. Travailler en s’amusant, c’est le moyen le plus efficace pour avoir envie d’apprendre. La légitimité du professeur est alors renforcée.

Mais si ce sont surtout les pairs qui se corrigent entre eux, à quoi servent les professeurs?

Ils ont toujours un rôle central en matière d’évaluation car ce sont toujours eux qui fixent le barème de notation. En plus, ils sont attentifs aux corrections des pairs et peuvent rééquilibrer lorsqu’ils estiment que la note est trop baisse ou trop forte.

Pourrait-on voir un jour l’existence d’un enseignement totalement digital?

Non, à mon sens le «présentiel» est très important. C’est d’ailleurs sur le principe de la pédagogie inversée que se base Learn Assembly. Chacun apprend la théorie quand il le souhaite, chez lui ou dans le métro via les cours en ligne. Ensuite, un formateur fouille le sujet dans un espace de coworking lors de formations et de cours du soir.