Ces plateformes collaboratives qui n'ont jamais décollé

START-UP Saluées lors de leur lancement, leurs initiatives collaboratives n'ont jamais pu prospérer. Les raisons sont multiples...

Emma Cahez

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Troc de Presse et La Machine du voisin sont des initiatives collaboratives qui n'ont pas duré.
Troc de Presse et La Machine du voisin sont des initiatives collaboratives qui n'ont pas duré. — Gidzy/Flickr

Se lancer dans l'aventure du collaboratif n'est pas de tout repos. Comme pour toute tentative entrepreneuriale, il faut garder à l'esprit certains impératifs: trouver un modèle économique, s'assurer de la faisabilité du projet tout en soignant l'ergonomie du site.

«Une fausse bonne idée»

«Ça me prenait un temps fou, et ça ne m’a jamais rapporté un seul centime…» Il y a deux ans, Julien Fuentes lance Troc de Presse, un site de partage de magazines entre voisins. «Tout le monde me disait: ‘c’est génial’, se souvient ce Parisien de 37 ans, un brin désabusé. Mais l’idée n’a pas pris.» Comme beaucoup d’entrepreneurs dont l’activité ne peut être tout de suite rentable, il profite alors d’une période de chômage pour s’investir dans ce projet. Le concept décolle, mais doucement, avec plus de 2.000 inscrits, notamment à Paris.

Plus d’un an après, il décide de céder le bébé à une société, Phenix. L’entreprise est spécialisée dans la réduction de gaspillage auprès des acteurs de la grande distribution, mais intéressée par le concept, qu’elle rebaptise Borne de Presse. «On est passé d’un modèle numérique à un modèle de borne physique, en produisant une étagère en carton recyclé», détaille Jean Moreau, cofondateur de Phenix. Vendue 99€, la borne ne permet pas à la société de dégager suffisamment de marge pour financer un salaire.

Peu rentable pour le consommateur

Principale explication à ce faible développement: l’appât du gain, jugé insuffisant par le fondateur du concept. Si rentabiliser le loyer versé pour son appartement via Airbnb peu s’avérer intéressant pour le portefeuille, prendre le temps de se coordonner entre voisins pour récupérer un magazine semble nettement moins stimulant.

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Même constat pour Jean-Philippe Allain, cofondateur de la Machine du Voisin, un site de rencontres entre des personnes possédant une machine à laver et des «sans machine fixe». L’initiative, lancée en 2012, a permis de réunir 10.000 utilisateurs, et d’enregistrer 3.000 machines à laver. Pas de quoi vivre de ce business non plus: à 3€ la machine chez le voisin, le prix est quasiment le même qu’en laverie.

Une médiatisation parfois prématurée

Pourtant, lors de leur lancement, la Machine du Voisin comme Troc de Presse ont suscité l’engouement. «Dans l’écosystème des start-up, ça arrive souvent, estime Jean Moreau. Les médias ont parfois un comportement moutonnier: si l’on est interviewé quelque part, dans les deux semaines qui suivent on fait un plateau télé, et personne ne vérifie que ce que l’on met en avant fonctionne vraiment.»

Anne-Sophie Novel, auteure de La vie share, estime que les porteurs de projets «négligent parfois l’ergonomie du site et le besoin d’assurance et de confiance des usagers». Julien Fuentes le reconnaît: il n’avait pas les moyens de payer un développeur technique. Et les porteurs de projets n’ont pas toujours la possibilité financière de s’investir à plein temps.

Un modèle économique inexistant           

Autre point commun entre ces initiatives qui peinent à décoller: leur modèle économique n’a pas vraiment été défini. Comme pour toutes les initiatives de l’économie collaborative, l’idée fut d’abord de tester le concept, de développer une communauté… quitte à réfléchir trop tard à la manière de gagner de l’argent.

Pourtant, ni Julien ni Jean-Philippe ne regrettent l’expérience. «Je ne serais pas là où je suis si je n’avais pas développé ce projet, juge Jean-Philippe Allain, actuellement en charge de l’innovation dans une grande entreprise. On est 10.000 clones dans les écoles de commerce, si on ne fait pas des choses à valeur ajoutée, on ne sort pas du lot.» Quant à Julien Fuentes, il est revenu à ses «premières amours, plus rémunératrices»: il est aujourd’hui architecte d’intérieur.