Les politiques qui travaillent sur le collaboratif respectent-ils les mêmes principes?

Analyse Les méthodes de l’économie collaborative commencent à séduire les politiques…

Benjamin Benoit

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Plusieurs villes, dont Paris, ont mis en place des budgets participatifs où les citoyens peuvent proposer et voter pour des projets qui sont ensuite financés.
Plusieurs villes, dont Paris, ont mis en place des budgets participatifs où les citoyens peuvent proposer et voter pour des projets qui sont ensuite financés. — L.Franck/Sipa

L’économie collaborative intrigue les hommes et femmes politiques français. Rien que depuis le début de l’année 2015, plusieurs missions et études ont été lancées sur le sujet. Chacune avec une méthodologie bien différente, et parfois pas très collaborative, à l’image du rapport du Sénat sur la fiscalité de l’économie collaborative, rendu public le 17 septembre.

Sa principale conclusion est d’instaurer une franchise de 5.000€ sur les revenus tirés du collaboratif. Un groupe de sept sénateurs a auditionné pendant plusieurs semaines les acteurs du domaine avant de rédiger des conclusions. «Le fait que le dernier mot revienne soit à l’administration, soit aux politiques, c’est la caractéristique de l’Etat aujourd’hui», explique Diana Filippova, membre du think-tank OuiShare, l'un des principaux acteurs de réflexion sur l'économie collaborative.

Participation citoyenne

D’autres travaux ont choisi d’innover et de valoriser les contributions des citoyens. Le premier exemple est celui de la consultation lancée par le Conseil national du numérique (CNN) en 2014 qui a duré 6 mois. Les participants pouvaient s’engager via Internet, mais également via des ateliers contributifs. Sur son site, le CNN revendique 5.000 participants pour cette initiative qui a conduit à produire le rapport «Ambition numérique» remis le 18 juin dernier à Manuel Valls. Même chose pour le projet de loi numérique d'Axelle Lemaire, avec là encore la possibilité pour chacun de contribuer.

Cette tendance à écouter les propositions venues «de la base» a également inspiré Pascal Terrasse. Le député PS de l’Ardèche a été missionné il y a deux semaines sur l’économie collaborative. L’élu annonce la mise en place d’une «plateforme ouverte à tous» là encore pour recueillir un maximum d’avis. Pour Diana Filippova, «ce qui compte, c’est la mobilisation des citoyens. Que leurs contributions restent dans la loi ou pas, on implique des gens qui participent et qui réfléchissent sur un sujet complexe qui oblige les politiques à débattre.»

Changer sa philosophie

Au-delà de la méthode de travail, l’économie collaborative est aussi une nouvelle façon de penser. Pascal Terrasse l’admet sans problème. «Certains concepts de cette économie sont éloignés de ma philosophie, reconnaît-il. En politique, la structure est souvent verticale: vous avez un chef, un sous-chef, etc.»

Selon Diana Filippova, les outils du collaboratifs doivent faire évoluer la politique. «A long terme, on pourrait envisager une co-construction des lois entre les élus et les citoyens, explique-t-elle, en faisant évoluer la Constitution.» Une évolution qui n’est pas sans piège: «Il faudra trouver un équilibre entre le verrouillage complet des politiques et le risque d’une tyrannie de l’opinion», conclut Diana.

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