L’application anti-gaspillage Too Good To Go doit encore mûrir

alimentation On a testé Too Good To Go, pour manger pas cher tout en luttant contre le gaspillage...

Adèle Bertier

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La rédaction de 20 minutes a testé l'application anti-gaspillage Too Good To Go pendant une semaine.
La rédaction de 20 minutes a testé l'application anti-gaspillage Too Good To Go pendant une semaine. — Too Good To Go

Dix millions de tonnes. C’est la quantité d’aliments jetée chaque année en France, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). «Grâce aux technologies, il est possible d’avoir un réel impact sur le gaspillage alimentaire aujourd'hui», nous expliquait le mois dernier Lucie Basch, la jeune fondatrice de l’application (iOS et Android) Too Good To Go.

Lorsque nous l’avions interviewée, Lucie Basch avançait le côté «gagnant-gagnant» de ce système anti-gaspillage. L’idée: permettre aux commerçants de ne pas jeter leurs invendus - voire d’arrondir leurs fins de mois - et aux particuliers de s’offrir un plat du jour à prix très réduit (-50 à -80% du prix de base). Too Good To Go propose également aux utilisateurs de commander une ou plusieurs portions d’une valeur de 2€ chacune sur l’application. «Nous récoltons ces dons, grâce auxquels nous organisons régulièrement une collecte chez des commerçants partenaires pour redistribuer ces invendus à des sans-abris», explique Lucie Basch. Intrigués par ce beau projet, au moins sur le papier, 20 Minutes a fait travailler ses papilles à la sauce collaborative pendant une semaine.

Des commerces à deux pas de mon lieu de travail

En me géolocalisant, je découvre de nombreux commerces autour de moi. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes
En me géolocalisant, je découvre de nombreux commerces autour de moi. Crédit: A.Bertier / 20 Minutes

L’expérience démarre avec un bon point: le réseau de commerces de Too Good To Go est plutôt bien développé à Paris. Dans un rayon de 4 km autour de la rédaction de 20 Minutes se trouvent 16 commerces, dont quatre à moins de 10 minutes à pied. Je tente ma chance la première fois dans un hôtel. Objectif: récupérer un petit-déjeuner qui aura plus des allures de brunch, puisque je vais le chercher à 11 heures. Je suis censée récupérer quelques invendus du buffet. On m’indique que je vais payer 3€ au lieu de 7… Plutôt tentant. Après avoir enregistré ma carte bancaire sur l’application, le paiement se fait en un clic.

Impossible d’attendre le retour à la rédaction pour découvrir ce qui m’attend dans ma «boîte surprise»: je découvre avec plaisir cinq mini-viennoiseries, une petite brioche, un scone aux raisins, un morceau de pain, du beurre… Jusqu’ici, tout va bien. Je m’interroge cependant devant les deux fruits loin d’être mûrs et la bouteille d’eau. On a vu pire, dans le genre périssable. Le fait est que l’hôtel peut difficilement se contenter de proposer uniquement les produits qu’ils ne pourront pas vendre à la vente le lendemain. Question d’image, mais on sort de la lutte anti-gaspillage.

Des «invendus» achetés à l’heure de la vente

Le soir, je tente un petit traiteur italien, là encore très proche de mon lieu de travail. Dans la description visible sur l’application, l’épicerie parle de « classiques de la cuisine italienne » pour 4€ au lieu de 9. En grande amatrice de la nourriture méditerranéenne, j’attends 19h30, heure du début de la collecte, pour me rendre sur place. Derrière moi, un client attend son tour. Étonnant de prétendre vendre des invendus à l’heure où les produits peuvent encore être vendus. Et c’est le cas pour tous les commerces que je teste.


Je viens équipée d’un sac et de mes propres contenants pour me mettre à fond dans cette démarche anti-gaspillage, comme le recommande la fondatrice de l’application. Mais le patron ne joue pas le jeu. «J’ai déjà tout prévu», lance-t-il. Dommage. Je salive en imaginant un bon plat de lasagnes, un morceau de parmesan, des pâtes fraîches… Je tombe sur un risotto au gingembre un peu collant. Mauvaise pioche! J’ai quand même droit à des grissinis et du pain italien pour me réconforter.

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Une fois chez moi, je me force un peu, et je refile la moitié de la part – très généreuse – à mon ami, pas très enjoué. J’espère avoir plus de chance le lendemain, dans un restaurant indien du 15e. Bingo: je paie 5€ pour un curry au poulet avec du riz. Pas mal! Il y en a tellement que le plat passe la nuit au frigo. Le restaurateur propose au minimum cinq invendus, contrairement à la plupart des ses confrères qui ne vendent souvent que deux ou trois plats et sont victimes de leur succès.

Coup de com’ ou vraie lutte anti-gaspi?

Malgré un service irréprochable et une qualité des plats souvent au rendez-vous, les zones d’ombre persistent dans le fonctionnement de Too Good To Go. Comment les restaurateurs peuvent-ils prévoir le nombre d’invendus qu’ils auront sur les bras à la fin de la journée? La plupart ne sont pas loquaces quand on leur pose la question. «En général, on a toujours des invendus. Au moins deux parts. Mais si jamais ce n'est pas le cas, on prépare d’autres plats pour les gens qui ont réservé sur Too Good To Go», explique, un peu gêné, un salarié d’un restaurant au nord de Paris.

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Des méthodes qui leur permettent sûrement de faire bonne figure auprès de leur clientèle. «Faire partie de Too Good To Go, ça nous fait un coup de pub. Après, les gens reviennent en famille», explique un autre restaurateur. Cette stratégie, de nombreux commerces semblent l’appliquer, comme ce chocolatier qui propose des sachets de douceurs à 7,50€ au lieu de 19, avec une collecte de 10 heures à 19 heures… Les adeptes de l’application se retrouvent alors mêlés, en pleine journée, aux clients classiques.

Too Good To Go a encore du travail pour éviter que certains commerçants ne pratiquent un anti-gaspillage de façade. Mais laissons au jeune projet, qui fêtera ses un an au mois de juin, le temps de mûrir.