Pour préserver leur trésorerie, les entreprises choisissent le troc

business Le troc interprofessionnel, le défi que se lance le barter, une monnaie fictive dédiée aux échanges entre entreprises...

Adèle Bertier

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Le troc interprofessionnel émerge doucement en France, avec un acteur majeur, France Barter.
Le troc interprofessionnel émerge doucement en France, avec un acteur majeur, France Barter. — Diagnostic et rénovation/CC Flickr

Votre truc, pour échanger des objets avec vos voisins, c’est plutôt le mutum ou les noisettes? Les plateformes Mutum et My Troc ont mis en place ces monnaies fictives pour permettre aux particuliers de s’échanger des biens. Mutum compte plus de 60.000 utilisateurs et My Troc, 19.000. Dans de moindres proportions, les entreprises se mettent elles aussi à troquer des biens et services. Samuel Cohen à créé France Barter en 2014.

La start-up propose un mode de commerce collaboratif qui permet aux entreprises d’échanger des biens et des services grâce à une monnaie fictive, le barter («troc», en anglais), et d’éviter ainsi de puiser dans leur trésorerie. Depuis, d’autres jeunes pousses se sont lancées sur le secteur du troc interprofessionnel: Belaction, Barter Building, Barter 26 ou encore Barter Link.

750 entreprises dans le réseau France Barter

750 entreprises font partie du réseau France Barter aujourd'hui. Crédit: France Barter
750 entreprises font partie du réseau France Barter aujourd'hui. Crédit: France Barter

France Barter compte aujourd’hui 750 entreprises de 20 à 80 salariés, aux secteurs d’activités très variés: entreprises de nettoyage, traiteur, événementiel, publicité, médias, bâtiment… «Cela leur évite de toucher à leur trésorerie et leur permet de trouver de nouveaux clients», explique Samuel Cohen.

Depuis trois ans, les entreprises du réseau ont échangé l'équivalent de 2 millions d'euros en barter. Concrètement, une société de nettoyage peut proposer ses services qu’elle facture en barter (1 barter équivaut à 1€). Elle peut ensuite acheter, grâce aux barters crédités sur son compte, les services d’un webmaster membre du réseau pour refaire son site internet. Les entreprises devront tout de même payer 235€ pour faire partie de France Barter.


Dans les Alpes, où le réseau s’est développé il y a deux ans, plus de 110 entreprises ont rejoint le mouvement. Du côté de Rennes, où une licence de France Barter, B2B Breizh, s’est implantée il y a deux mois, quinze entreprises ont adopté la monnaie fictive. Pour Didier Benoist, le gérant de B2B Breizh, «le barter ouvre le champ des possibles».

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«L’entreprise garde sa trésorerie pour ses charges, ses achats de matière première et surtout, ses salaires. Le barter peut quant à lui être dédié à des postes de dépenses secondaires dans lesquels on ne souhaitait pas investir auparavant, comme des opérations de communication, refaire un site Internet, etc.»

Encore des barrières psychologiques

MyTroc est une plateforme de troc entre particuliers. Crédit: MyTroc
MyTroc est une plateforme de troc entre particuliers. Crédit: MyTroc

Selon Floriane, fondatrice du site de troc entre particuliers, Mytroc, «le troc devient presque une mode». Quant à dire si cette pratique peut se généraliser au monde de l’entreprise, la jeune femme est plus réservée. «J’ai le sentiment que c’est plus difficile de changer les mentalités des entrepreneurs», lance la jeune femme.

Un sentiment que partage Emilie Congy, fondatrice de Cadoé, une entreprise de vente d’objets et de textiles publicitaires qui fait partie du réseau France Barter breton. «Le barter a beau avoir beaucoup d’avantages, le fait que ce soit nouveau peut freiner. Il faut être ouvert à une nouvelle façon de procéder.»

Et pour l’instant, l’objectif affiché par B2B Breizh, qui souhaite «faire marcher les entreprises locales» et créer ainsi des synergies, est loin d’être atteint. Sur les cinq entreprises qui ont fait appel aux services d’Emilie Congy, une seule est bretonne. D’ailleurs, la chef d’entreprise ne cache pas sa priorité: trouver des sociétés qui répondent à ses besoins et étoffer son réseau de clients. Peu importe si c’est en Bretagne ou ailleurs.

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Cécile Dubois, gérante du réseau de troc interprofessionnel Belaction, à Niort, a quant à elle fait les frais de la méfiance des entrepreneurs. Depuis 10 mois, elle n’a réuni qu’une petite trentaine d’entreprises dans son réseau et très peu ont réalisé des échanges. «Le concept est super mais c’est trop tôt. Les trois-quarts des gens attendent de voir si ça marche avant de s’engager.» Pour le troc entre particuliers, le mécanisme semble être identique. Mais entre janvier et juillet 2016, le site d’échange d’objets Mutum est passé de 3.500 à 46.000 utilisateurs. Le barter pourrait lui aussi bénéficier d’une poussée de croissance.