Self garage: de la petite économie au gagne-pain

Reportage «20 Minutes» a passé une matinée dans un self garage…

Juliette Bonneau
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Comme de plus en plus de Français, Sami a opté pour le self-garage pour faire ses réparations.
Comme de plus en plus de Français, Sami a opté pour le self-garage pour faire ses réparations. — J. Bonneau/20 Minutes

Au garage de l’Etoile de Villetaneuse, l’activité self-garage s’affiche en lettres capitales rouges sur la devanture du hangar. Et pour cause, ce concept, qui permet de réparer soi-même son véhicule en louant un emplacement et du matériel, représente 35 à 40% du chiffre d’affaires de l’entreprise. «Le gérant a découvert le principe aux Etats-Unis et il a lancé l’activité il y a 6 ou 7 ans», confie Najat Chitachi, responsable du site.

A 10 heures du matin, les deux carrossiers et le mécanicien du garage sont d’ores et déjà à pied d’œuvre. Vêtus de bleus de travail, ils partagent tous les jours leur local avec des «self-garagistes». Pour eux, comme Sami, pas de bleu de travail, mais de la motivation et un peu d’improvisation.

Après avoir déposé sa carte grise à l’accueil, cet étudiant en alternance de 22 ans se met au travail. «C’est la première fois que je viens, je dois changer mes disques et mes plaquettes de frein», explique-t-il avant de glisser «ne pas y connaitre grand-chose en mécanique» mais avoir «regardé des tutos sur internet».

Une fois sa voiture perchée sur un pont-élévateur, le jeune homme doit aller vite pour rentabiliser l’opération. Dans ce garage, le pont-élévateur est facturé 15€ de l’heure. Mieux vaut éviter d’y passer la journée.

Au garage de l'Etoile, les pros côtoient les particuliers/J.Bonneau
Au garage de l'Etoile, les pros côtoient les particuliers/J.Bonneau

Des self-garagistes pas si novices

Sur les aires de préparation, Laurent [le prénom a été modifié] vient de garer un imposant Volkswagen Touareg. Ce jeune auto-entrepreneur, ancien employé dans un garage, est un habitué des lieux. Deux fois par semaine, il loue durant trois heures un emplacement au garage de l’Etoile. Après avoir réparé la carrosserie du 4X4 dans son «petit local», Laurent vient profiter des cabines de peintures proposées à la location 50€ de l’heure.

L’opération, qui vise à repeindre les portières latérales et les ailes du véhicule, est rentable. Avec la peinture (qu’il a achetée de son côté), la location de l’emplacement et de la cabine, il a déboursé 200€ (sans compter la main d’œuvre) et facturera à l’arrivée 1.200€ au client. «C’est beaucoup plus économique!  Dans un garage traditionnel, ça lui aurait coûté au moins 2.000€ », explique-t-il en souriant. Il confie se dégager désormais un salaire de «3.000 à 4.000€ de revenus par mois» s’empressant d’ajouter «mais faut-y-aller, je travaille beaucoup!». Laurent glisse également ne pas «tout déclarer».

A côté de Laurent, Sabri [le prénom a été modifié], lui aussi habitué des lieux, prépare un coupé Audi pour la cabine de peinture. Auto-entrepreneur depuis peu, il «travaille» pour deux garages. Quand on lui pose la question de son statut, cet ancien employé «chez Renault et BMW» répond, du tac au tac: « C’est mieux que de travailler dans la rue non?»

«Les gens, en ce moment, ils négocient pour 10€»

Dans son bureau, Najat Chitachi explique avoir «énormément de monde le samedi». «Il y a des gens qui font des réparations en complément de salaire, ou pour dépanner des amis. On a même une personne qui vient faire des réparations et qui est bagagiste à Roissy pendant la semaine», confie-t-elle.

Pas plus inquiétée que ça par cette nouvelle forme de concurrence, la responsable du site avoue volontiers que le self-garage permet de faire de belles économies. «Si on fait une vidange soi-même on en a pour 90€ contre 159€ environ chez un garagiste classique. C’est intéressant, surtout que les gens en ce moment, ils négocient pour 10€!», explique-t-elle, lucide.

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En six ans d’activité de self-garage, la gestionnaire du site a vu défiler beaucoup de «self-garagistes». «Ceux qui viennent pour une simple vidange», d’autres qui veulent «s’essayer à la carrosserie et qui disent avoir appris sur internet» et même des clients qui sont venus pour un «changement complet de moteur». Par téléphone, elle affirme questionner automatiquement les apprentis mécaniciens. «Pour les disques et les plaquettes de freins, on leur demande systématiquement s’ils l’ont déjà fait», tient-elle à préciser.

Au fond du garage, une heure après le début de l’opération, Sami souffle un peu: «c’est dur», concède-t-il. A ses côtés, Mohammed est venu lui prodiguer quelques conseils. Cet ancien employé « de Citroën Aulnay-Sous-Bois » sourit en se rappelant les ratés du self-garage. «Un fois, un client est venu, il a changé l’huile de boîte au lieu de faire la vidange moteur!»


Immersion dans un espace de self-garage en... par 20Minutes

Au bout de deux heures, Sami viendra finalement à bout de ses plaquettes de frein. Comme à chaque opération effectuée par un particulier, un employé du garage vérifie que la voiture est apte à prendre la route. Sami lui, est plutôt satisfait. Le changement de disques et de plaquettes lui aura coûté environ 80€ contre 195€ chez un garagiste classique. «Cette fois j’avais acheté des outils, ce sera encore plus rentable sur le long terme», se réjouit-il en démarrant.