Le «covoiturage pour enfants» a-t-il de l'avenir?

Tendance Le «covoiturage pour enfants» a le vent en poupe mais encore faut-il s'imposer sur le long terme...

Juliette Bonneau

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Plusieurs plateformes proposent aujourd'hui de mettre en relation des parents pour organiser les trajets des enfants au quotidien.
Plusieurs plateformes proposent aujourd'hui de mettre en relation des parents pour organiser les trajets des enfants au quotidien. — Zouzoucar

S’arranger entre parents pour régler le casse-tête de l'accompagnement des enfants, le principe ne date pas d’hier. Pour faciliter leur mise en relation, de nombreuses plateformes et applications se proposent désormais de jouer les intermédiaires. Au-delà de l’effet de mode, y-a-t-il un avenir pour ce covoiturage version cours d’école?

Des parents à la recherche (désespérée) de solutions

Du côté des parents la question de la gestion des trajets des enfants est unanimement décrite comme «une galère». Le bouche à oreille et l’entraide fonctionnent, mais pas toujours facile de nouer le contact ou de trouver un parent qui soit disponible le bon jour, la bonne heure, de manière régulière.

«Au début de l’année c’est difficile d’aller vers d’autres parents qu’on ne connaît pas et de leur dire: au fait je vous donne mon gamin, vous me donnez le vôtre!», explique avec humour Carole, mère de deux garçons de 8 et 10 ans. Faute de solutions de transports, cette maman qui occupe un poste à plein temps loin de son domicile n’a pas reconduit l’abonnement au club de football de son fils.

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«On pense qu’on a pas besoin d’internet mais dans la réalité, il y a beaucoup de parents qui font les mêmes trajets que nous mais on ne les connaît pas», explique Anne Buffetaud, l’une des fondatrices de Hopways.

C’est justement pour trouver une solution à ses propres problèmes que Laure d’Auvergne a créé en 2013 KidMouv, la première plateforme collaborative dédiée à l’accompagnement d’enfants. «On était en plein dans la réforme des rythmes scolaires, les horaires de sortie d’école changeaient et les parents étaient paniqués», confie-t-elle.

Le site, payant, fonctionne via un système d’annonces et de profils sécurisés et compte environ 10.000 inscrits. Sa fondatrice concède «un manque de budget communication» mais reste convaincue que le «marché va se développer».

Les associations sportives et culturelles intéressées

Outre les parents, les associations qui proposent des activités pour les enfants sont, elles-aussi, en demande de solutions de transport. Avec la baisse des dotations de l’Etat, beaucoup de communes ont été obligées de réduire leurs enveloppes aux associations, qui cherchent de nouveaux adhérents pour pérenniser leur activité.

«Prenez l’exemple de la fusion d’un club de football près de Rennes. Avant le club était à 500 mètres de la résidence de l’enfant, désormais il est à 3 kilomètres, ça pose problème», explique Christophe Martins, président de Montfort Communauté, communauté de commune d’Ille-et-Vilaine. Élu au conseil départemental, il remarque «une demande de plus en plus forte» autour de la question de la mobilité des enfants.

Beaucoup de plateformes, encore peu d’inscrits

Avec l’essor et la popularisation du covoiturage et des applications dites «collaboratives», le covoiturage pour enfants est désormais l’objet de toutes les convoitises. Hormis KidMouv, Kiddiedrive et Hopways se sont également lancés sur le marché. Les plateformes Zouzoucar et DropMykids seront de leur côté pleinement opérationnelles en septembre prochain. Sans compter les projets en cours de développement, à l’image de Cobinz, primé lors du weekend des startup de Bordeaux.

Pour Nicolas d’Haussy, fondateur de Zouzoucar (actuellement en phase de test dans la métropole lilloise), la concurrence est un point positif: «C’est un plus que beaucoup de personnes s’y mettent. Ça veut dire qu’il y a un marché. Pour s’imposer il suffit de trouver le modèle qui fonctionnera le mieux pour les parents», argumente-t-il.

Les plateformes devront en priorité rassurer les parents pour qui la notion de sécurité est primordiale. «L’idée est bonne mais confier mes enfants à des gens que je ne connais pas, je ne suis pas  convaincue. Ce n’est pas comme Blablacar, on est pas juste responsable de soi », explique ainsi Carole. Pour mettre en confiance les parents, Zouzoucar mise par exemple sur des «ambassadeurs» afin de faire connaitre et lancer le dispositif dans des établissements scolaires.

Et si la solution passait par l’hyper local?

Ces sites et applications doivent également s’implanter dans la durée en proposant suffisamment de trajets et de parents inscrits. «Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde, le secret, c’est de commencer localement», estime Laure d’Auvergne, fondatrice de KidMouv.

A l’image de la startup Cmabulle, qui compte plus de 500 familles actives dans la région Nord-Pas-de-Calais, les plateformes de covoiturage doivent d’abord trouver leur modèle localement, renforcer leurs réseaux d’utilisateurs et nouer des partenariats avec les collectivités locales ou les mairies pour rassurer les utilisateurs. La mairie de Garches avait ainsi ouvert la voie en 2014 en signant un partenariat avec KidMouv. Partenariat qui n’a depuis pas été reconduit.