Quatre Epingles, service de colivraison, marche pour les artisans

PROXIMITé A l’aide d’une plateforme, des particuliers livrent les citadins pressés avec l’envie de redynamiser les commerces de quartier…

Clémence Chopin

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Lyon et Bordeaux seront les villes tests pour le développement du service.
Lyon et Bordeaux seront les villes tests pour le développement du service. — Quatre Épingles

«Il y a 10 ans, on trouvait en France près de 10.000 pressing. Aujourd’hui, ils sont 4.000 et bientôt, il n’en restera que 2.500», égrène Paul Rötig, co-fondateur de Quatre Epingles. Cette start-up parisienne estime qu’il est de plus en plus rare de dénicher près de chez soi un pressing ou plus largement des commerces de proximité. Son ambition: faciliter leur accès pour relancer leur attractivité.

Les devantures de petits commerces peinent à résister. On entend souvent les difficultés pour faire un crochet afin de déposer un vêtement taché. Sans compter le temps perdu chez le réparateur de téléphone. Dans le même temps, les heures de travail s’étirent, le citadin est aujourd’hui plus pressé. Et si quelqu’un se chargeait de lui rendre service?

80 collecteurs en Ile-de-France

Pariant sur la livraison collaborative, les fondateurs de Quatre Épingles veulent améliorer l’accessibilité à ces services de quartier. En demandant à des particuliers d’effectuer les livraisons, le souhait de Paul Rötig consiste à «rallonger les horaires d’ouvertures des artisans».

Favoriser la livraison signifie, pour Quatre Épingles, nouer des partenariats. Une centaine de corners maille l’Ile-de-France. Ces points stratégiques sont principalement des entreprises de plus de 50 salariés, mais aussi des hôtels et des salles de sport. Baptisée «collecteur», cette personne riche de son temps libre, se rend donc dans un corner pour récupérer chemises sales, chaussures abîmées, vestes à repriser. Elle dépose ensuite le baluchon chez un artisan pour le restituer 48 heures après, dans le même corner.

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Payés 15 euros de l’heure, près de 80 collecteurs forment les rangs de la colivraison. Certains sont retraités, d’autres chômeurs. Le gros du bataillon est composé d’étudiants. Hippolyte Prost, qui suit des cours à Science Po Paris, explique sa démarche: «Je cherchais un complément de revenus qui soit facilement adaptable à mes horaires d’études. J’ai souvent le temps de réaliser trois livraisons en me déplaçant, soit en transport en commun, soit en autolib’.» Pour le jeune homme, cette façon de collecter, respectueuse de l’environnement, l’a incité à prendre le job chez Quatre Épingles.

Cyberconsommateurs et artisans, main dans la main

La start-up parisienne se pose comme la garante d’une économie communautaire où travail collaboratif rime avec soutien aux artisans de quartier. Une quinzaine de commerçants – caviste, serrurier, fleuriste, retoucheur… - a rejoint petit à petit l’aventure depuis son lancement en mars 2014. «Nous souhaitons que les artisans, peu habitués au numérique, améliorent leur niveau technologique car c’est en drainant des cyberconsommateurs qu’ils pourront faire grimper leur chiffre d’affaires», explique encore Paul Rötig, cofondateur avec Julien Van Hoeylandt.

Pour Franck Martinet, propriétaire d’un pressing dans la capitale, cette collaboration traduit le souhait de conquérir une nouvelle clientèle. «En contrepartie d’une remise de 25%, nous avons augmenté notre volume de 8% depuis neuf mois. C’est plus qu’une satisfaction quand on sait que l’activité des pressing est faible à cause de la baisse du pouvoir d’achat et du coût des normes environnementales», précise Franck Martinet.

En 2013, selon une étude réalisée par la société Altares, experte en big data, 8.500 boutiques ont dû fermer tandis que dans le même temps on compterait plus de 19 millions de cyberconsommateurs.