Taxify, nouvel acteur du VTC vraiment plus responsable?

transports Avec une offre affichée comme «plus éthique», l’entreprise estonienne Taxify entend bousculer Uber en France…

Adèle Bertier

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Depuis le début du mois d'octobre, l'entreprise estonienne Taxify est à Paris. Elle comptabilise environ 5.000 chauffeurs VTC.
Depuis le début du mois d'octobre, l'entreprise estonienne Taxify est à Paris. Elle comptabilise environ 5.000 chauffeurs VTC. — A. Bertier/20 Minutes

Agressions sexuelles sur des passagères, perte de licence à Londres, accusations de «salariat déguisé»… Depuis plusieurs mois, et malgré une campagne de communication bien rôdée, Uber collectionne les casseroles. L’arrivée, début octobre, de l’entreprise estonienne Taxify à Paris, risque d’enfoncer un peu plus le couteau dans la plaie. Déjà présente dans 20 pays à travers le monde, ce «Uber bis» comme le nomme ses détracteurs, revendique 3 millions d’utilisateurs et 5.000 chauffeurs parisiens. Taxify ambitionne de bousculer Uber avec un modèle «plus éthique pour les chauffeurs», selon la direction.

15% de commission contre 25% chez Uber

Markus Villig, CEO de Taxify à Paris. Crédit: Taxify
Markus Villig, CEO de Taxify à Paris. Crédit: Taxify

L’entreprise de Markus Villig prélève une commission de 15% auprès de ses chauffeurs, contre 25% chez Uber. Elle dit ainsi assurer «de meilleures conditions pour les conducteurs», qui ont pourtant exactement le même statut que les chauffeurs Uber. Ce sont d'ailleurs les mêmes, qui vivotent, d'une plateforme à une autre, en fonction de la demande. Beaucoup attendent de «prendre du recul» pour se prononcer sur cette nouvelle plateforme, mais le scepticisme est palpable. «Je demande à voir», commente Adam, chauffeur pour Taxify à Paris depuis quelques jours. Car non seulement l’entreprise se targue de prélever une commission plus faible que celle d’Uber ou de Chauffeurs Privés, mais elle entend en plus baisser la note des passagers de 10% par rapport à ses concurrents.

Une équation qui pose problème à Adam, au vu des charges qu’il doit payer. «Ça veut dire qu’une course de 100€ avec Uber s’élève à 90€ avec Taxify. Une fois la commission de la plateforme prélevée, mon chiffre d’affaire est de 75€ avec Uber, et de 76,50 avec Taxify. Après ça, j’ai encore 10% de TVA à payer, quand je déclare mon activité. Donc au final, je gagne 67,5€ avec Uber, et 68,85€ avec Taxify… La différence est  minime.»

Coup marketing mal vu des syndicats

Certains chauffeurs ont beau être dubitatifs, la clientèle est bien là. Markus Villig annonçait plus de 20.000 courses effectuées à Paris depuis le 5 octobre. Et pour cause: Taxify frappe fort ce moi-ci, avec une remise spéciale de 50% à ses utilisateurs. «Elle est supportée par Taxify et ne pénalise aucunement les chauffeurs», assure Henri Capoul, responsable français. Le mode de calcul pour une course est donc le suivant ce mois-ci: 60 centimes au départ, 53 centimes le kilomètre et 15 centime par minute. Le détail de la tarification est d’ailleurs indiqué sur l’application mobile de chaque utilisateur et dans le mail qui récapitule la course. Actuellement, un trajet de la gare Saint-Lazare jusqu’à l’aéroport Charles-de-Gaulle coûte entre 20 et 25€ avec Taxify contre 45 à 70€ avec Uber, selon le type de véhicule.

«Une menace supplémentaire»

Le coup marketing est particulièrement mal vu du syndicat FO-Capa VTC, qui a bloqué, lundi 9 octobre, l’accès aux locaux de recrutement de Taxify à Paris, en signe de protestation. «On voit Taxify comme une menace supplémentaire, témoigne Helmi Mamlouk, secrétaire général du syndicat. On ne comprend pas qu’une société étrangère vienne encore casser un peu plus le marché en proposant des prix 50% moins cher.»

La guerre est bel et bien déclarée, mais les deux camps choisissent de s’ignorer. «La stratégie de développement de Taxify est totalement indépendante de celle des concurrents», se défend Henri Capoul, en réponse aux soupçons d’opportunisme face à un  Uber dans le creux de la vague. La licorne refuse quant à elle de commenter l’arrivée de l’Estonienne à Paris, et préfère rappeler son nombre de chauffeurs, beaucoup plus élevé que celui de Taxify pour l’instant: 25.000 en France, «dont la très grande majorité à Paris et sa région».

«Moi je me méfie, j’ai perdu confiance»

«Les prochains 18 mois vont être passionnants, car à se stade, aucune des deux entreprises n’est en mesure de dire qui va emporter le marché français», commente Grégoire Leclercq, président de l’Observatoire de l’ubérisation. Les chauffeurs, eux, s’accordent tous sur un point: il n’est pas souhaitable que Taxify chasse Uber du marché.

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«On se souvient tous qu’ils nous prenaient une commission de 20% au début. Mais quand ils ont vu que de plus en plus de chauffeurs travaillaient avec eux, ils en ont profité pour la passer à 25%.» Si Taxify assure qu’elle n’opérera pas de la même manière, Adam a du mal à y croire. «Moi je me méfie, j’ai perdu confiance.» Ce qui est loin de freiner Taxify et ses investisseurs. Fin avril, le géant chinois de la mobilité Didi Chuxing a investi  5,5 milliards de dollars dans l’entreprise. De quoi tenir quelques années face à la concurrence.