Après la polémique, les coursiers de Deliveroo iront-ils voir ailleurs?

foodtech L’entreprise de livraison à vélo Deliveroo rémunérera tous ses bikers à la course à partir du 28 août…

Adèle Bertier

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Les livreurs de repas a domicile de Deliveroo se mobilisent contre la tarification à la course. Il ont manifesté à Paris le 11 août 2017.
Les livreurs de repas a domicile de Deliveroo se mobilisent contre la tarification à la course. Il ont manifesté à Paris le 11 août 2017. — Segvi/Sipa

Deliveroo pensait peut-être qu’en annonçant sa nouvelle politique de rémunération au beau milieu de l’été, l’entreprise britannique éviterait de faire des vagues… C’est raté. Les syndicats de livreurs à vélo se sont mobilisés pour manifester le 11 août à Paris, contre la rémunération à la course (5€ en province, 5,75€ à Paris). Une tarification qui concernait déjà plus de 90% des 7.500 coursiers français de Deliveroo. A partir du 28 août, les 10% restants qui travaillent pour cette entreprise devront se soumettre au nouveau contrat, ou partir. 20 Minutes fait le point sur la polémique.

Ça concerne qui?

Les coursiers de Deliveroo ont manifesté place de la République, à Paris, le 11 août 2017. Crédit: Sevgi/Sipa
Les coursiers de Deliveroo ont manifesté place de la République, à Paris, le 11 août 2017. Crédit: Sevgi/Sipa

Ceux qui voient leur rémunération changer sont les livreurs inscrits sur la plateforme avant septembre 2016. Ils gagnent actuellement 7,50€ de l’heure, en plus d’une commission à la course entre 2 et 4€. A partir du 28 août 2017, ils seront rémunérés à hauteur de 5€ la course, sauf à Paris, où l’entreprise se targue de prendre en compte «le coût plus élevé de la vie», et fixe le tarif à 5,75€.

Quand Deliveroo parle d’«harmonisation de la rémunération» de tous ses livreurs, les syndicats accusent un «nivellement par le bas», que se permet la start-up vu sa position quasi monopolistique sur le marché. A titre de comparaison, seulement 2.000 coursiers travailleraient pour l’allemand Foodora, essentiellement à Paris.

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Pourquoi cette décision intervient-elle maintenant? «Après un an d’activité au tarif à la course pour la quasi-totalité des livreurs, on avait la certitude que ça marchait bien, justifie Deliveroo. Vu le nombre croissant de courses qu’on assure, cette tarification nous a semblé beaucoup plus adaptée que la rémunération à l’heure», ajoute l’entreprise.

Que craignent les coursiers?

Les livreurs, qui ne sont pas salariés mais auto-entrepreneurs, risquent d’être moins bien payés avec ce nouveau contrat. «Entre 30 et 50% de revenus en moins», estime Soltan, jeune livreur de Deliveroo à Bordeaux. Les syndicats de livreurs ont calculé qu’à raison de 2,2 courses en moyenne par heure, ils gagneraient 11€ brut de l’heure, contre 11,9 à 16,3€ avec la tarification horaire, selon le montant de la commission accordée par course. Là encore, Deliveroo crie au scandale. Selon l’entreprise, les livreurs assureraient en moyenne 3,2 courses par heure et gagneraient en moyenne plus d’argent avec leur nouveau contrat qu’avec l’ancien… Difficile de tirer le vrai du faux dans cette affaire où chacun voit midi à sa porte.

Avec la rémunération à la course, les bikers craignent d'être moins bien payés et de devoir prendre plus de risques à vélo. Crédit: Segvi/Sipa
Avec la rémunération à la course, les bikers craignent d'être moins bien payés et de devoir prendre plus de risques à vélo. Crédit: Segvi/Sipa

Les coursiers craignent par ailleurs les «temps morts» sans livraison, durant lesquels ils ne seront plus payés. «Quand on est sur des shifts où l’activité est moins forte, il y a toujours des moments de creux, constate Soltan. Il n’y a qu’à voir le nombre de coursiers qui attendent en groupe sur la place de la République à Paris.» Encore un point que conteste le service de communication de Deliveroo. «C’est un fantasme! Personne n’attend sans être payé chez nous. On fournit toujours un nombre de courses suffisamment important pour que nos coursiers soient occupés.»

Deliveroo va-t-elle perdre ses bikers?

Deliveroo l’affiche sans complexe: «Si ce nouveau contrat ne les satisfait pas, les livreurs iront voir ailleurs», lance le service communication. Mais l’entreprise est loin d’être inquiète. «Plus de 90% des livreurs acceptent déjà ce contrat. On est confiant pour les 10% restants.» Arthur Hay, 28 ans, secrétaire de la CGT Gironde des coursiers à vélo, considère que l’entreprise jouit de sa position de force. «Deliveroo profite de la crise de pauvreté qui touche les jeunes depuis 10 ans, s’offusque-t-il. Ils ont à disposition une masse gigantesque de gens en galère qui choisissent de travailler pour eux parce que c’est possible en trois clics.»


Pourtant, certains bikers, comme Soltan, ont décidé d’aller voir chez le voisin si l’herbe était plus verte. A partir du 28 août, il a prévu de travailler le weekend pour Foodora, qui continue (pour l’instant?) à payer 7,50€ de l’heure en plus de la commission à la course. Le jeune homme de 29 ans va également reprendre ses études, après avoir pédalé pendant un an et demi environ 40 heures par semaine. «J’en ai assez. Je suis fatigué physiquement et mentalement.»