«20 Minutes» a demandé à Béa Johnson comment vivre sans déchets

Interview Convertie au «zéro déchet» depuis 2008, la Française Béa Johnson est en tournée en Europe pour prêcher ce mode de consommation alternatif…

Juliette Bonneau

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Béa Johnson a aménagé sa maison de la banlieue de San Francisco pour éviter de produire des déchets.
Béa Johnson a aménagé sa maison de la banlieue de San Francisco pour éviter de produire des déchets. — B. Margot/AP/SIPA

Béa Johnson/Instagram
Béa Johnson/Instagram

Elle a parcouru le monde entier pour prôner le «Zero Waste», participé à des centaines de conférences, écrit un livre sur son expérience et inspiré toute une génération à la recherche d’un mode de vie plus respectueux de l’environnement.

De passage à Paris pour le premier festival Zero Waste organisé en France, 20 Minutes a saisi l’occasion pour demander à Béa Johnson quelques conseils pour se lancer.

Quel est le premier geste à faire quand on veut se convertir au «zéro déchet»?

Il faut tout simplement apprendre à dire non. Non aux produits promotionnels, aux sacs en plastique, aux cartes de visites offertes, aux stylos donnés lors de conférences, aux échantillons dans les hôtels, ou aux flyers. Lorsque vous commencerez à dire non, tout un tas de choses n’entreront plus chez vous. C’est un bon début pour vous concentrer sur ce qui est vraiment nécessaire.

Faut-il prévoir des aménagements chez soi?

Tout d’abord il faut se procurer un kit pour aller faire ses courses. Vous avez besoin de sacs en tissus, de bocaux en verre et de cabas. A la maison, certains produits vont vous aider à réduire vos déchets. Le torchon à la place de l'essuie-tout, les mouchoirs en tissu ou les disques démaquillants réutilisables. Pour chaque produit jetable, il existe une alternative réutilisable. Il faut aussi vous désencombrer, vous poser la question: "Pourquoi je garde ces objets?". Tout ce qui n’est pas nécessaire, vous pouvez le vendre, le remettre sur le marché de l’occasion. C’est un passage obligatoire et qui vous rapportera de l’argent pour investir dans vos kits.

Quelles habitudes de consommation doit-on adopter?

Devenir «zéro déchet» ne veut pas dire ne plus consommer. Il faut juste privilégier le vrac, l’occasion et n'acheter que ce dont vous avez besoin. Remplacer une chaussure qui a un trou ou un t-shirt trop petit par exemple. Pensez qu’acheter du neuf c’est enlever des ressources de la planète. Acheter, c’est un peu comme voter. Vous avez le choix entre renforcer le système déjà en place ou voter pour un futur plus durable pour vos enfants.

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Pour devenir Zero Waste, est-il obligatoire de se convertir au «do it yourself»?

Non! Beaucoup de blogueurs disent qu’ils sont «zéro déchet» parce qu’ils fabriquent leurs objets. Je dirais plus que c’est une étape par laquelle on passe. Quand je me suis lancée, en 2008, j’ai testé beaucoup de choses. Mais je me suis vite rendue compte que fabriquer mes propres produits n’était pas tenable sur le long terme quand on est un couple avec deux boulots à plein temps. Aujourd’hui j’achète tout en vrac et la seule chose que je fabrique sont mes cosmétiques.

Vous avez deux enfants, ne pas produire de déchets c’est possible lorsqu'on est mère de famille?

Bien sûr. Le meilleur moment pour changer de mode de vie c’est quand les enfants sont jeunes. Ils ne s’en rendent pas compte. Du moment que leurs besoins sont assouvis: des bonnes céréales, un goûter, ils ne font pas la différence.

Dans votre cas, qu’est-ce qui a été difficile à abandonner?

Les gens s’imaginent que l'on se prive quand on adopte ce mode de vie. Ma vie est juste différente, basée sur l’expérience, le verbe être plutôt que le verbe avoir. Il n’y a rien qui me manque de ma vie d’avant. J’économise de l’argent, du temps, j’ai une vie plus simple. Je dirais que le plus difficile est de trouver des solutions qui marchent sur le long-terme.

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Si vous deviez convaincre quelqu’un en 3 minutes d’adopter un mode de vie «zéro déchet», que lui diriez-vous?

Je sais que vous pensez que ça doit être un truc de poilus qui vivent dans la jungle mais ce n’est pas le cas. Je travaille à temps plein, je fabrique très peu de choses. Il n’y a que du positif, c’est bon pour l’environnement, j’ai fait 40% d’économies sur mon budget. Contrairement à ce que les gens pensent, le vrac n’est pas plus cher que les produits emballés. Et l’argent que j’économise, je peux le réutiliser pour investir dans l’installation de panneaux solaires.

Mais tout cela prend du temps…

C’est ce qu’on s’imagine. Mais quand on vous fait acheter des produits différents pour nettoyer les vitres, le sol, la salle de bain, les tapis, vous devez les acheter, les ramener chez vous, trier les bouteilles, racheter à nouveau. De mon côté je nettoie ma maison avec du vinaigre blanc et du savon de marseille acheté en vrac. Moins vous achetez, moins de choses vous aurez à réparer, à jeter.  Le temps gagné vous permettra de faire de la place à ce qui est vraiment important. Dans mon cas, ma famille et mes amis.