I Wheel Share veut rendre les villes plus accessibles aux handicapés

Découverte Une application va proposer aux personnes handicapées de raconter leurs expériences et de les partager…

Benjamin Benoit

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I Wheel Share permettra par exemple de signaler les aménagements urbains défaillants.
I Wheel Share permettra par exemple de signaler les aménagements urbains défaillants. — J.L Zimmermann/Flickr

C’est une application qui pourrait changer le quotidien de plus de 9 millions de personnes handicapées en France (chiffres de 2007 de l’INSEE). «I Wheel Share» sera disponible en novembre sur Android et iOS. Le nom de l’application est un jeu de mot en anglais entre «Wheelchair», «le fauteuil roulant», synonyme de handicap, et «will Share», autrement dit «je veux partager».

«L’application fonctionne avec Google Maps, explique Audrey Sovignet, sa créatrice. Dès qu’une personne handicapée repère une difficulté ou au contraire un aménagement, elle le signale sur la carte en l’accompagnant obligatoirement d’un commentaire.» Une manière de se distinguer d’autres applications qui proposent seulement de noter l’accessibilité.

Vie ma vie

Une cinquantaine de testeurs utilisent déjà l’application depuis quelques mois, comme Mia, étudiante à la Sorbonne. Cette jeune fille qui utilise un fauteuil roulant pour se déplacer est souvent confrontée aux problèmes des marches à l’entrée de nombreux commerces, comme les restaurants, les cinémas, ou encore les brasseries… tous séparés de la rue par un rebord.

Avant de venir faire ses études à Paris, Mia a donc dû choisir soigneusement son quartier. «Certains appartements sont parfaitement aménagés, mais si je ne peux pas aller faire mes courses à côté, ça ne sert à rien.» Et pas facile de savoir à l’avance si tel ou tel endroit est facile d’accès.

La note de l'humour

Avec I Wheel Share, chaque expérience sera catégorisée suivant le type de handicap, avec une touche d’humour. «Pour les fauteuils, la personne pourra mettre “ça roule” si c’est positif ou “bâton dans les roues” si c’est négatif, détaille Audrey. Même chose pour une personne sourde, qui pourra choisir entre “dialogue de sourd” ou “bien entendu”.»

Les utilisateurs de l'application pourront signaler les marches qui empêchent d'accéder aux commerces.
Les utilisateurs de l'application pourront signaler les marches qui empêchent d'accéder aux commerces.

Le but c’est d’amener chacun à prendre conscience des handicaps, sans stigmatiser les mauvais comportements. «Si un commerce a une évaluation négative, on va organiser un anti-boycott chez lui, assure Audrey. Dans le cas d’un café par exemple, on proposera au patron d’organiser une soirée, et une partie des bénéfices pourra servir à rendre le lieu plus accessible ou à former les serveurs au langage des signes.»

Rentabiliser l’application

Audrey Sovignet ambitionne de créer une vraie communauté et de gagner de l’argent via l'application. Si les utilisateurs n’auront rien à débourser, la jeune chef d’entreprise a déjà de la suite dans les idées: «Certains évènements accessibles aux handicapés comme des festivals paieront pour être sur la carte et gagner en visibilité. On pourra aussi proposer un service de géolocalisation pour des offres d’emplois spécialisées. Cela peut être utile pour ceux qui ont du mal à se déplacer.»

Cette motivation entrepreneuriale est née après un accident subi par son frère Lucas il y a trois ans, et qui l’a rendu paraplégique. «Aujourd’hui c’est le premier testeur de I Wheel Share, il participe même à des conférences» sourit Audrey.

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