«WeTruck, c’est de l’auto-stop 2.0»

Interview Le fondateur d’un site de co-camionnage mise sur la complémentarité des trajets avec le covoiturage pour se développer…

Benjamin Benoit

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WeTruck revendique une cinquantaine de lignes régulières.
WeTruck revendique une cinquantaine de lignes régulières. — C.Kaster/AP/Sipa

Pour  Victor Clément, tout est parti d’un constat pendant un trajet en covoiturage: comment profiter des nombreux camions qui sont souvent occupés par une seule personne? Après un an de travail préparatoire, WeTruck voit le jour mi-septembre. Comme Blablacar, le site propose de mettre en relation des conducteurs et des passagers, mais le voyage se fait en camion, et non en voiture. Aujourd’hui, la société basée à Rouen propose une cinquantaine de lignes régulièrement empruntées par les chauffeurs routiers.

Comment vous est venue l’idée de transposer le concept du covoiturage aux camions?

C’est parti d’une expérience personnelle. J’étais à Orléans et je devais me rendre en Bourgogne, près de Sens. Si je prenais le train, j’avais plein de changements à faire, c’était un peu galère. J’ai fini par prendre le seul covoiturage disponible. Sur la route,  je me suis rendu compte que l’axe était très fréquenté par les camions, avec des routiers souvent seuls au volant. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire.

Est-ce que vous proposez les mêmes types de trajets que Blablacar par exemple?

En camion, on part d’endroits rarement desservis par les transports en commun comme les zones rurales, les petits aéroports. On a des trajets réguliers entre Rouen et l’aéroport de Beauvais. Notre offre est aussi complémentaire au niveau des horaires puisque certains de nos trajets se font de nuit ou très tôt le matin.

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Exercez-vous un contrôle sur les offres proposées par les poids lourd?

Seules les entreprises de transport peuvent s’inscrire sur le site, les salariés seuls n’ont pas le droit de le faire sans accord de leur employeur. On vérifie plusieurs choses avec eux, on leur explique la manière de publier les trajets, l’importance de rassurer les passagers en posant des photos, des commentaires. L’argent des trajets est reversé à l’entreprise pour une raison: c’est elle qui entretient le camion. Libre à elle ensuite de verser ou non une part aux conducteurs.

Le passager du camion est-il assuré en cas de problème?

On a fait une étude juridique avec un institut de recherche spécialisé. C’est la même chose que le covoiturage, c’est la police d’assurance de base des transporteurs qui s’applique. Ils n’ont pas besoin de payer quelque chose en plus. Ils sont assurés comme s’ils prenaient un auto stoppeur.

Justement, vous n’avez pas l’impression de monétiser l’auto stop?

On s’appuie sur un élément fondamental dans l’économie collaborative, à savoir la confiance. Si elle n’est pas là, le concept ne marche pas. Les sécurités liées aux avis et aux notations permettent de rassurer les utilisateurs. J’ai le sentiment que WeTruck,  c’est une sorte d’auto-stop 2.0 plus sécurisé. Avec l’application, plus besoin d’attendre des heures qu’un camion vous prenne.

Vous pensez que cela peut changer l’image des camionneurs?

Les transporteurs s’inscrivent à l’application pour améliorer leur image. Les premiers voyages ont montré que les gens sentent vraiment qu’ils sont avec des professionnels. Ils rencontrent de vraies personnalités. Ils découvrent l’univers du transport, passent un bon moment, donc je pense que ça contribue un peu à changer les mentalités.

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