Les tissus humains, une problématique différente, un besoin identique

ANALYSE Os, peau, muscles, valves cardiaques... Tous ces tissus peuvent être donnés et greffés...

Pascal Boyer
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Une partie de la peau du donneur peut être prélevée et greffée.
Une partie de la peau du donneur peut être prélevée et greffée. — 20 minutes - Magazine

Quand on parle don d’organes, on pense souvent aux reins, au cœur, aux poumons, au foie ou au pancréas. Moins connus du grand public, les tissus comme la peau, les os, les tendons ou la cornée sont eux-aussi recherchés par la médecine. Etat des lieux.

La différence n’est pas évidente quand on n’est pas médecin, mais elle est pourtant simple. Les tissus, contrairement aux organes, sont des parties de notre corps qui ne sont pas vascularisés, qui n’ont donc pas besoin du système sanguin circulant pour fonctionner. Et figurez-vous que cela change tout en matière de don.

Conservés jusqu’à dix ans

«Il y a, pour les organes, une urgences de la greffe qui n’existe pas pour les tissus», explique Isabelle Martinache, médecin référent sur le don et la greffe de tissus à l’Agence de biomédecine. «Ces tissus peuvent donc être prélevés plus tard, jusqu’à 24 heures après le décès, et vont surtout pouvoir être conservés dans une banque de tissus.» La cornée peut être conservée 30 jours et une artère ou des os conservés en azote liquide peuvent l’être jusqu’à dix ans.

La France s’est ainsi, depuis 1948, constitué un réseau de banques de tissus, mais organisé à l’échelon local. Cela fait qu’il n’y a jamais eu de communication grand public nationale sur le don de tissus, aujourd’hui trop méconnu.

Et pourtant… En 2014, un peu plus de 5.000 greffes d’organes ont été effectuées pour plus de 30.000 de tissus, d’après les chiffres de l’Agence de Biomédecine. Pour autant, il ne faut pas imaginer qu’il n’y a pas de pénurie ou de problème de stock en ce qui concerne les tissus. Et on ne peut pas aborder la question de façon globalisée, tous tissus confondus.

Des besoins inégaux

«Pour la cornée, la situation est satisfaisante en France», poursuit Isabelle Martinache, par ailleurs responsable de la banque de tissus du CHU de Lille. «Deux mois après leur inscription, 54% des patients sont greffés. Et huit mois après, plus de 90%.»

Mais pour d’autres tissus, comme par exemple les valves cardiaques ou les os massifs, nous sommes vraiment en situation de pénurie. «On a notamment été alertés par les sociétés savantes sur la greffe de valves pulmonaires, où la situation est dramatique», rapporte-t-elle.

Et comme les tissus peuvent être conservés, ils sont soumis à des exigences de sécurité sanitaires supérieures car les médecins ont le temps de mener des examens supplémentaires. Du coup, à nombre de donneurs égal, le nombre de tissus greffés est largement inférieur au nombre d’organes. Une exigence de qualité qui nuit encore plus à l’état des stocks.

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