L'origine ethnique, un élément plus important qu'on ne le pense

Petunia James

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En fonction de l'origine des patients, les groupes sanguins ne sont pas les mêmes. Un casse-tête pour les transfusions.
En fonction de l'origine des patients, les groupes sanguins ne sont pas les mêmes. Un casse-tête pour les transfusions. — EFS/Frédérique-Elsa HUGHES

SCIENCES- Nos origines se reflètent aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Notre sang en est la preuve irréfutable et complique souvent la tâche des médecins…

logo 20 MinutesL’hémoglobine qui circule dans les veines de tous les individus de cette planète est rouge. Nous en sommes sûrs. Mais ce liquide vital est aussi porteur de nos origines ethniques. Tout comme les couleurs de peau, existe-t-il alors des sangs différents les uns des autres? «Il y a différents groupes sanguins, répond le Pr. Jacques Chiaroni, directeur de l’Etablissement français du sang (EFS) Alpes-Méditerranée. Nous connaissons la classification ABO, mais en réalité il en existe beaucoup plus puisqu’on peut trouver pas moins de 340 étiquettes différentes sur les globules rouges contenus dans le sang.»

Une question de géographie

Ne cherchez pas de O négatif en Chine, il est inexistant, ou presque. Ce n’est pas spécifique à la population, c’est environnemental. La terre est en effet faite de différents biotopes, l’humain est alors contraint de s’adapter au milieu dans lequel il se développe. «L’homme a voyagé, son histoire explique la diversité de répartitions des groupes sanguins. Prenez l’Afrique, elle est le berceau de l’humanité. C’est là-bas que l’homo sapiens est apparu et a évolué pendant très longtemps, accumulant alors un polymorphisme responsable d’une diversité génétique plus grande qu’ailleurs», développe le médecin.

En France, nous avons à la fois une grande pluralité culturelle et biologique. Malheureusement, elle ne se retrouve pas dans les fichiers des donneurs de l’EFS. «C’est un véritable problème sanitaire. A Marseille ou Paris, qui sont de grands carrefours migratoires, on a parfois du mal à trouver des produits sanguins correspondant aux maladies que nous devons traiter», déplore Jacques Chiaroni.

Cultures et contre-indications

Les groupes sanguins sont «des bombes immunologiques». Si l’on ne vous transfuse pas celui qui vous correspond, cela peut vous tuer. Il est donc essentiel d’en recueillir le plus de types possible pour pouvoir traiter des patients atteints de pathologies comme la drépanocytose et la thalassémie. Ces maladies qui rendent l’hémoglobine anormale touchent majoritairement les populations originaires d’Afrique subsaharienne. Elles sont une forme d’adaptation au paludisme, «comme si la nature avait voulu rendre le sang moins comestible pour le parasite».

Or l’histoire veut que, malgré les flux migratoires, ces populations ne soient pas très généreuses en dons de sang. D’une part parce qu’elles peuvent potentiellement être plus exposées à des maladies telles la malaria. D’autre part parce que leurs croyances peut les induire en erreur. «Les primo migrants musulmans ont souvent une mauvaise interprétation de l’islam. Ils pensent, à tort, que le don de sang est interdit par le Coran. C’est pourquoi, à Marseille, je travaille beaucoup avec les membres du corps religieux qui ont la capacité de rétablir la vérité», conclut le professeur.

>>> Retrouvez l'intégralité de notre dossier sur le don de sang.