INTERVIEW - Diabétique de type 1, ce Québécois de 35 ans repousse les limites de sa maladie en relevant des défis toujours plus intenses… «A cœur vaillant rien d’impossible»!

Vendredi 14 novembre, Journée Mondiale du Diabète, il aura traversé le Canada d’est en ouest. 7500km d’un périple commencé le 2 février dernier. Chaque jour, Sébastien Sasseville aura couru un marathon pour transmettre un message: peu importent les obstacles que la vie met sur vôtre chemin, ils ne sont pas insurmontables. Entretien avec un sportif pas comme les autres.

Quand vous êtes-vous passionné pour la course à pied?

A 22 ans, quand j’ai été diagnostiqué. Je n’étais pas très actif avant, et, à l’école, j’étais toujours le dernier dans ma classe de sport ! Le diabète de type 1 ne se guérit pas, je voulais donc être plus en santé. Mais la première fois que j’ai couru je n’ai pu faire que 250m!

Aujourd’hui vous avez gravi l’Everest, bouclé un ultra marathon dans le Sahara et été six fois Ironman. Quelles sont les contraintes techniques liées à votre maladie auxquelles vous faites face pour ce genre de challenges extrêmes?

Le contrôle de ma glycémie. Je dois la tester plusieurs fois par jour, mais ce qui est important c’est ce que je fais avec les résultats de ces tests. Le diabète amène une autre dimension, une autre couche de complexité à ces défis énormes. Heureusement avec la technologie, j’ai la chance d’avoir une pompe à insuline, je n’ai donc plus besoin de me piquer.

Quelle a été la genèse de ce projet de «Traversée du Canada pour vaincre le diabète»?

Après la traversée du Sahara, je cherchais autre chose où l’important ne serait pas tant l’accomplissement que l’impact que ça pourrait avoir sur les autres. J’ai été inspiré par les gens. Cette traversée du Canada n’est pas une campagne de levée de fond comme certains événements. Avec ce projet, je voulais montrer qu’avec la bonne attitude, les bons outils et du travail on peut réaliser ses rêves et devenir médecin par exemple!

Racontez-nous une journée type de cette aventure…

Après avoir passé la nuit dans la roulotte que je partage avec Patrick, qui s’occupe d’une partie de la logistique du projet, je prends un autre véhicule qui m’amène à mon point de départ du jour. Je parcoure environ 20km le matin, j’ai ma pause lunch et repart pour 20 autres kilomètres. Tous les 5 km Patrick m’attend avec le véhicule, c’est à ce moment-là que je contrôle ma glycémie pour vérifier si j’ai le bon équilibre. Il y a eu de bonne journée et d’autres qui m’ont contraint à m’arrêter quelques minutes, voire quelques heures. C’était parfois dur psychologiquement, sans oublier que cette année, dans l’est, on a eu le pire hiver canadien depuis des années! Il y avait énormément de neige.

Cette traversée s’achève désormais. Quelle a été la principale difficulté liée à votre maladie pendant votre périple?

Le grand défi c’est d’aborder ça avec un peu d’humilité. J’ai une excellente connaissance sur le diabète, particulièrement le mien, mais il n’y a pas de recette miracle. Tous les matins, il fallait repartir de zéro et accepter de mettre l’énergie pour le faire. Au départ, devoir arriver le 14 novembre, Journée Mondiale du Diabète, c’était une contrainte. Mais c’est vite devenu quelque chose de positif les jours où j’étais fatigué, où il ne faisait pas beau; ça m’a porté.

Vous vouliez «convaincre» les gens atteints de diabète qu’ils pouvaient réaliser leur rêve. Vous a-t-on déjà interdit de rêver parce que vous étiez diabétique?

Oui. A travers les années, j’ai rencontré des gens qui ne croyaient pas en moi, qui pensaient que mes projets n’étaient pas de bonnes idées, que c’était dangereux… Et d’autres, mal informés, qui disaient que c’est impossible. Des briseurs de rêves, il y en a partout, moi, ils m’ont servi de carburant, de motivation pour démontrer que «oui, ça se peut».

Pensez-vous déjà au prochain challenge que vous aller réaliser?

(rires) C’est la première fois que je n’ai rien à l’agenda! J’aimerai que mon arrivée soit un point de départ pour autre chose, dans la continuité de ce projet. Exporter le concept peut-être, organiser des demi marathon et des conférences, monter une fondation qui ramasserait des sous pour la recherche…

Propos recueillis par Marion Buiatti