La dépression, une maladie de grande ampleur qui reste taboue

Santé Longtemps stigmatisée ou rejetée, la dépression peine encore à être reconnue comme une véritable maladie par la société, mais aussi par les personnes qui en souffrent

Anne Jarleau

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Les personnes qui souffrent de dépression ont souvent du mal à l'admettre et, par conséquent, à enclencher le processus de guérison.
Les personnes qui souffrent de dépression ont souvent du mal à l'admettre et, par conséquent, à enclencher le processus de guérison. — tadamichi / Getty Images

Spectateur. Durant des mois, sans qu’il ne comprenne vraiment pourquoi, Adrien, 32 ans, est « là, sans l’être tout à fait ». Compréhensif au début, son entourage commence à s’inquiéter, et finit par s’agacer de le voir toujours aussi léthargique au fil du temps. Le chargé de projet dans la communication, lui, sombre. À son mal-être s’ajoute la culpabilité de ne pas être capable de « se secouer ». Il consulte son médecin généraliste, qui l’oriente vers un spécialiste. Le diagnostic tombe : Adrien souffre de dépression.

« Je l’ai très mal vécu. On m’a parlé de maladie, j’ai eu l’impression d’être fou. » Pourtant, bien que mal accepté, ce terme est essentiel, explique Marina Litinetskaia, cheffe du pôle psychiatrie du Xe arrondissement de Paris du GUH Psychiatrie et neurosciences : « La dépression, ce n’est pas simplement être triste ou stressé. C’est une véritable maladie qui touche tout le monde, avec des symptômes qui s’inscrivent dans le temps, et qui sont aussi bien physiques que psychologiques. »

En France, une personne sur cinq a souffert ou souffrira de dépression au cours de sa vie, soit 15 à 20 % de la population, selon les chiffres de l’Inserm. Tous, cependant, ne l’identifient pas ou ne l’expriment pas clairement. « Il y a une connotation négative à la dépression », reconnaît la cheffe de pôle. Certains malades peuvent alors essayer de masquer leurs symptômes par peur. Une tendance qui est fréquemment encouragée par l’entourage qui minimise le mal-être. « Les proches vont essayer de montrer à la personne que la vie est belle, mais elle n’est pas en mesure de le percevoir. Comme toutes les maladies, la dépression n’est pas une question de volonté. »

Une sensibilisation difficile

L’incompréhension est aussi entretenue par le manque d’information et la stigmatisation de la société, estime la présidente de l’association France Dépression, Claudie Tondon-Bernard. « On se bat sans cesse pour sensibiliser, mais on a du mal à faire passer nos informations, c’est encore un sujet tabou. Pourtant, la santé mentale est le premier poste de dépenses de l’Assurance maladie, devant le cancer et les maladies cardio-vasculaires, avec 22,5 milliards d’euros par an », précise-t-elle en s’appuyant sur le rapport de la commission de santé mentale, présenté devant l’Assemblée nationale en septembre 2019. Malgré tout, la situation change peu à peu, admet Claudie Tondon-Bernard.

Aujourd’hui, l’association reçoit des personnes de tous âges et de tous milieux sociaux, « mais l’évolution est lente », regrette la présidente. Alors, pour encourager le changement et sensibiliser autrement, France Depression a coproduit une pièce de théâtre Sans maux dire, présentée au public et devant les députés. Du côté de la médecine, la prise en charge des malades s’est aussi améliorée avec une meilleure formation des généralistes, « en première ligne dans la détection de la dépression », souligne Marina Litinetskaia.

Un apprentissage renforcé, dès la formation universitaire des futurs médecins, qui a ainsi permis à Adrien d’être orienté au mieux. Même si le chemin sera long vers la guérison, le jeune homme, désormais accompagné par un thérapeute, a trouvé un premier remède contre l’isolement.