STREET ART – Depuis l'ouverture de l'exposition, nombreux sont les visiteurs massés sur les trottoirs qui entourent la Tour Paris 13. Ils espèrent, souvent vainement, pénétrer dans son enceinte...

Ce vendredi matin, 9h45. La Tour Paris 13 (1) est prise d’assaut alors que les visites n’ont pas encore commencé. La queue pour pénétrer dans ce bâtiment customisé par des grands noms du street art s’étend déjà sur plusieurs centaines de mètres, et on sait d’ores et déjà qu’une partie des curieux présents seront refoulés. Et ils n’auront peut-être pas d’autre opportunité… En effet, ce « monument » urbain éphémère fermera ses portes jeudi prochain, avant d’être démoli.

L’initiative est à découvrir gratuitement si vous êtes disposés à prendre votre mal en patience. Emilie, 28 ans, est vite tombée des nues : « j’y suis allée le premier dimanche suivant l’ouverture. Il y avait un monde fou. J’ai rebroussé chemin tout de suite. » Chaque jour depuis l’inauguration, la file d’attente s’étend de l’entrée de l’immeuble aux rues alentours : quai d’Austerlitz, rue de Bellièvre et une partie de la rue Edmond Flamand, formant un escargot d’humains impatients d’en découdre avec la culture urbaine.

Des organisateurs embarrassés

Face à ce succès, la mairie du 13ème a décidé d’avancer les horaires de visite de midi à 10h le matin. Mais ça n’a pas suffi à résorber l’attente très longue à laquelle les visiteurs font face. Mathilde, 24 ans, était venue exprès d’Arras. « Dès mon arrivée à 9h, on m’a avertie qu’il y aurait environ cinq heures de queue…  J’ai attendu jusqu’à ce qu’à 14h, un membre du staff installe un panneau juste devant moi, indiquant qu’à partir de ce point ils ne feraient plus entrer personne. Rageant ! », confie la jeune femme. « C’est très frustrant de passer à côté de cette belle initiative, mais je n’ai pas voulu attendre plus longtemps au risque d’être refoulée et d’avoir totalement perdu ma journée. »

À 10h30 ce matin, le service culturel de la mairie affirmait ne pas « pouvoir faire plus » pour permettre au plus grand nombre d’admirer cette œuvre éphémère. Accès limité à 49 personnes pendant une heure pour raisons de « sécurité », « pas de visite de groupes » pour éviter de ralentir le processus de découverte des lieux… On leur suggère des nocturnes, mais on nous rétorque qu’« il y a trop de contraintes pour permettre cette éventualité. Et puis on ne peut pas imposer ça aux habitants des logements sociaux alentours, déjà qu’ils subissent la journée… »

Une seule arme, la persévérance

Une solution pourtant discutée lors d’une réunion avec les différents acteurs du projet Tour Paris 13 une demi-heure plus tard. Seul frein pour la mettre en place : le coût. Ouvrir l’accès à l’immeuble la nuit nécessiterait de recruter plus de personnel pour gérer les visites, ainsi que financer un éclairage spécifique. Si cela ne se fait pas, ce sera donc principalement pour des raisons économiques.

La persévérance reste donc la seule solution. Alexis, 23 ans, avait tenté sa chance hier : « Je suis arrivé à 14h. En voyant le monde, j’ai compris qu’il était bien trop tard pour ne serait-ce qu’imaginer pouvoir rentrer. Alors je suis revenu à 5h ce matin pour être sûr de visiter. C’est chiant mais on n’a pas trop le choix, et puis vu le niveau des artistes, je suis sur que ça vaut le coup. » 9h52, il reste moins de dix minutes d’attente pour le jeune homme, apprenti graffeur, qui fera partie de la toute première salve de visiteurs du jour. La Fontaine avait raison : rien ne sert de courir, il faut partir à point.

MARION BUIATTI

(1) Située 1-5 rue Fulton dans le 13e arrondissement de Paris, la Tour Paris 13 a été customisée par des artistes comme C215, Seth, Rapto ou encore Jimmy C…