STREET ART - Aujourd'hui exilé à Los Angeles, Flavien Demarigny, alias Mambo, a vécu trois ans au Brésil. Le Français évoque la scène street art et graffiti dans ce pays qu'il continue de chérir...

Tu connais bien le Brésil, mais quel lien entretiens-tu avec ce pays aujourd'hui?

J'y ai vécu trois ans quand j'étais gamin et j'y retourne régulièrement depuis. C'est un pays où le métissage est très ancien et complètement assimilé. C'est quelque chose de rare et que j'adore. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de racisme ou de clivage social, mais il n'y a pas de couleur pour être Brésilien.

La scène street art est-elle importante là-bas?

Elle est explosive à Sao Paulo, même si elle commence à légèrement décliner parce que la ville efface les oeuvres. Un peu comme à Barcelone il y a 10 ans... Comme dans plusieurs villes américaines, il y avait déjà une tradition muraliste datant des années 60/70, alors le graff et le street art au sens large se sont naturellement propagés.

La légalisation du street art en 2009 a-t-elle changé quelque chose?

Dans les faits, c'était déjà le cas avant ou presque, car on pouvait s'entendre directement avec un propriétaire. Mais ce qu'il y a de bien avec ce genre de loi, c'est que ça permet aux graffs de qualité de prospérer. En plus, pour ce qui est de São Paulo, la publicité sur les immeubles a été interdite au même moment.

Existe-t-il un «style brésilien»?

Oui, incontestablement! Les Brésiliens ont une aptitude à s'approprier des courants artistiques et à en faire leur version de façon totalement décomplexée. C'était le cas avec le jazz qui est devenu bossa nova, le funk, le rap et l'électro qui donnent aujourd'hui le baile funk ou le favela funk. C'est aussi le cas avec le graff, le tag et le street art. Dans le tag, appelé pixaçao, il y a un style proche du hard rock (le hard est très populaire là-bas) mais aussi des tags de gangs latinos sixties de Los Angeles (qui ont disparu de la cité des anges). C'est le seul endroit au monde où l'on peut voir ce style d'écritures et elles y sont très abondantes. En fait, il les ont même relancées et on les retrouve dans les tatouages à la mode maintenant.

Quels sont les villes et quartiers dédiés à cet art?

São Paulo est sans conteste la capitale brésilienne du street art. La ville domine très largement sur les autres dans le pays. Mais il y a aussi des murs sympas à Santa Theresa et Rio de Janeiro.

Quels sont les street artists et graffeurs emblématiques du Brésil, mis à part Paulo Ito qui a récemment fait beaucoup parler de lui*?

Comme mon histoire avec ce mouvement date de trente ans maintenant, je m'intéresse surtout à ceux qui sont capables, venant de la rue, d'entrer dans les galeries et les musées. Cela reste très rare... Dans ce registre, Os Gêmeos sont spectaculaires. Ils représentent une vraie version brésilienne du graff, empreinte de culture latino-américaine, mais aussi de macumba ou de candomblé brésilien (magie noire). Leur style est plein de poésie: un ingrédient fondamentalement latino-américain. Là-bas, la poésie, la littérature et le théâtre sont très populaires et non élitistes. Rien à voir avec l'Europe. Il y a aussi Nunca, qui a su retranscrire la force des graphismes indiens à la bombe aérosol. Enfin, il y a Herbert Baglione, qui lui s'inscrit plus dans la riche lignée d'artistes modernes brésiliens (fifties et sixties), en donnant une version street de ce patrimoine.

Propos recueillis par Lauren Horky

*Sur le mur de l’école Santos-Dumont du quartier de Pompéia, pour dénoncer les coûts pharaoniques engendrés par l'organisation de la Coupe du Monde, Paulo Ito a peint un enfant noir à table, pleurant devant une assiette qui ne contient qu’un ballon.