EDUCATION - L'ONG Skateistan a vu le jour il y a six ans, à Kaboul. En Afghanistan et au Cambodge, l'organisation se sert du skateboard pour éviter aux jeunes de traîner dans les rues et leur donner confiance en l'avenir.

Quand Oliver Percovich est arrivé en Afghanistan en 2007, il a vite remarqué que, partout où il baladait sa planche de skate, elle attirait les regards et suscitait des interrogations. Beaucoup de passionnés des sports de glisse qui ont eu la chance de voyager, qu’il s’agisse de surfeurs, de snowboardeurs ou de skateurs ont déjà fait cette expérience : ces pratiques interrogent, elles fascinent et sont souvent à l’origine d’interactions surprenantes, surtout dans des pays où elles sont peu répandues. Mais apparemment, pour Oliver, partager un bon moment avec des inconnus n’était pas suffisant. Le skate pouvait être utilisé comme un outil de dialogue social. Il a donc décidé de créer Skateistan, une ONG dont le but est de « se servir du skateboard pour donner du pouvoir aux jeunes, pour créer de nouvelles opportunités et le potentiel du changement. »

Aujourd’hui, après seulement six ans d’existence, l’organisation, qui peut se targuer de soutiens aussi prestigieux que l’ambassade de Norvège ou la marque Spitfire, se développe peu à peu. Outre le site originel de Kaboul -composé entre autres du premier skatepark du pays, d’un mur d’escalade, de salles de classe et d’un terrain de basket construit en collaboration avec les Big Bang Ballers- et l’ouverture d’un second complexe à Mazar-e-Sharif dans le nord du pays en 2013, Skateistan s'est également implanté au Cambodge il y a deux ans.

Des enfants fascinés par la « planche à roulettes »

L’histoire de Skateistan au Cambodge, « c’est quasiment la même chose », nous explique Benjamin Pecqueur, skateur et ancien snowboardeur professionnel originaire de Montpellier. « Cela fait six ans maintenant que je suis là-bas. Un jour, je me suis dit que j’allais me remettre au skate à Phnom Penh, parce que les routes commençaient à être bonnes », raconte-t-il avec un enthousiasme communicatif. Dès sa première sortie, ce sont des dizaines, puis plus d’une centaine d’enfants fascinés, qui veulent essayer la « planche à roulettes ».

Le directeur de PSE, l’ONG pour laquelle il travaille à l’époque, lui propose alors de lancer une activité extrascolaire basée autour du skate. À partir de là, tout s’enchaîne très vite : Benjamin passe des coups de fils à ses contacts en France et l’un d’eux lui parle de Skateistan. Un mail et quelques mois plus tard, Skateistan Cambodge voit le jour. L'organisation reçoit alors le soutien de nombreux sponsors et de la presse locale, qui voient d’un bon œil l’introduction de ce curieux sport dans leur pays.

Entre 150 et 200 jeunes par semaine

Depuis, Benjamin Pecqueur et la dizaine de salariés de Skateistan Cambodge accueillent entre 150 et 200 jeunes par semaine, pour des sessions de deux heures où s’alternent cours de skate et classes artistiques. Alors que les premiers sont avant tout destinés à  attirer les enfants vers l’ONG, les deuxièmes permettent de les sensibiliser à différents enjeux sociétaux ou de santé publique, à travers des supports aussi variés que la peinture, l’origami, le DJing ou le graffiti.

On écouterait le « country manager » parler pendant des heures des enfants des rues, des jeunes handicapés ou des filles victimes d’agressions sexuelles à qui l’association redonne le sourire, mais il a des tonnes de choses à faire. Avant de conclure, il glisse : « Notre but n’est pas de créer des professionnels du skateboard... Il s'agit juste de se servir de la planche à roulettes pour attirer ces gamins, les orienter, et essayer de leur donner un meilleur futur. On veut simplement éviter qu’ils ne traînent dans la rue et ne sniffent de la colle. »

MAXIME BROUSSE

Soutenez Skateistan en faisant un don ou en achetant le livre qui retrace l’histoire de l’ONG.

Skateistan: To Live And Skate Kabul from Grain Media on Vimeo.