Dans les coulisses du surf XXL

Lauren Horky

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La surfeuse française, Justine Dupont, en pleine action à Mullaghmore Head en Ireland.
La surfeuse française, Justine Dupont, en pleine action à Mullaghmore Head en Ireland. — WSL/Ian Mitchinson

DÉCRYPTAGE – Affronter des vagues géantes n'est pas à la portée du premier surfeur venu. En plus de capacités hors du commun, le surf de gros demande une préparation longue et minutieuse...

Ils se confrontent à des monstres d'eau, cherchent sans cesse à repousser leur limites et attendent chaque année l'hiver avec impatience. Ils se nomment Gautier Garanx, Justine Dupont ou encore Benjamin Sanchis, qui s'est attaqué en décembre dernier à Nazaré (Portugal) à une vague estimée à 33 mètres de hauteur. Un nouveau record mondial.

Pour s'offrir quelques secondes d'intense adrénaline, parfois quelques minutes en cas de chute, ces surfeurs de gros consacrent des mois, si ce n'est des années, à se préparer. «Pour pouvoir encaisser les éventuels wipe-out et limiter au maximum le risque d'accidents lors de ces sessions XXL, il faut être à 100% de nos capacités physiques et mentales», confie Gautier Garanx, vainqueur du Billabong XXL Biggest Wave Award en 2014.

Une préparation cruciale

Apnée, musculation, cardio, yoga, conception du matériel, étude des fonds marins... Tout y passe pour se présenter dans les meilleures conditions possibles le Jour-J. «Pour le souffle, j'effectue un gros travail dès le début de la saison sur des apnées statiques, dynamiques, des plongées en mer avec gueuse lourde, poids variable et constant... Laurent Gamundi, mon coach au Biarritz Chasse Océan, a développé tout des exercices spécifiques pour me faire progresser tant sur le plan mental que physique (1). Je ne fais que très peu de musculation avec des poids, mais je travaille beaucoup en résistance sur des parcours de cross fit. Cela me permet également de travailler mon équilibre sur des exercices spécifiques», explique le surfeur basque.

Justine Dupont préfère quant à elle passer un maximum de temps dans l'eau, avec ou sans sa planche. «Même si les conditions sont mauvaises, je peux travailler ma technique, mon esprit marin, ma rame... J'aime aussi le bodysurf que je pratique avec mon copain (champion du monde). Cela me permet de surfer et d'observer l'océan sous un autre angle pour mieux comprendre sa force et m'y habituer. Je travaille ainsi mon cardio, mon apnée et la nage. Le jour où je casserai mon leash, je serai capable de rentrer au bord.», estime la surfeuse qui a été la première à s'être aventurée sur la vague de Belharra.

Se sentir à l'aise

Toute cette préparation permet à ces athlètes d'exception de ne pas paniquer lorsqu'ils se retrouvent confrontés aux situations les plus extrêmes. «Je me sens vraiment bien sous l'eau, assure Gautier Garanx. Bien sûr, tu as peur de la force des éléments, de la pression, de la profondeur, du temps que la vague va te garder sous l'eau. Mais si tu sais que tu peux le faire, que tu restes calme en attentant que ça passe et que tu arrives à mentaliser ton temps sous l'eau, pas de souci! Je cherche d'abord à relâcher mon corps, à ne pas lutter. Ensuite, je m'imagine surfer une vague parfaite au ralenti dans une eau à 29°C. Je me concentre sur la trajectoire idéale, la position de mon corps durant les manœuvres et souvent cette vague se termine par un tube sans fin.»

Une technique que même les plus jeunes arrivent à mettre en oeuvre, à l'image de Kyllian Guérin, grand espoir du surf français qui espère à l'avenir conjuguer WCT et sessions XXL. Du haut de ses 11 ans, il n'a pas peur de se confronter à des vagues qui peuvent mesurer jusqu'à 3 fois sa taille, puisqu'il se prépare en conséquence: «Je nage souvent en piscine et je fais de l'apnée statique et dynamique. J'ai aussi fait un stage avec Gautier (Garanx) et d'autres surfeurs de gros. J'y ai appris plein de choses qui me permettent d'être plus tranquille sous l'eau quand ça secoue. Cela m'a donné confiance. Je fais aussi du yoga pour apprendre à bien me relaxer. Avant, quand je me faisais un gros wipe-out et que j'étais sous l'eau, j essayais toujours de penser à des choses agréables pour ne pas paniquer, ça m'a beaucoup servi», assure le petit prodige qui a déjà tout d'un grand.

(1) Au début de l'hiver, Gautier Garanx a établi son record d'apnée statique poumons vides à 2'41', et son record d'apnée statique poumons pleins à 5'56'.