Le running, le plus collectif des sports individuels?

Morgann Jezequel

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Plateformes et applications, courses caritatives, événements promotionnels, les initiatives pour courir ensemble se multiplient.
Plateformes et applications, courses caritatives, événements promotionnels, les initiatives pour courir ensemble se multiplient. — Diane Bondareff/AP/Sipa

TENDANCE - Longtemps considérée comme un sport individuel par excellence, la course à pied se vit désormais en groupe. Plateformes, événements promotionnels, courses caritatives, les initiatives pour courir ensemble se multiplient .

Il est loin, le temps du jogging en solo, avec son lecteur de musique comme seul compagnon de foulées. L'heure est désormais à la course en groupe, comme à Bordeaux, où l'association A2 Running réunit une petite centaine de participants lors de ses deux sessions hebdomadaires. A Paris, le groupe Let's Run Paris regroupe lui plus de 2.000 runners qui préparent ensemble les épreuves de marathon et semi-marathon.

Les grands équipementiers ont senti la bonne affaire et ont investi le créneau. Dans la foulée du lancement de sa nouvelle basket de running, Adidas a initié la «Boost Battle Run», une compétition entre dix groupes de runners représentant chacun un quartier de Paris. Quant à Nike, elle lance la Nike women's, une course qui devrait rassembler 10.000 athlètes dans les rues de la capitale le 7 juin prochain.

Un phénomène de mode et de masse

Les start-up aussi se sont engouffrées dans la brèche, à l'instar de Jogg.in. Cette plateforme de running propose aux particuliers, aux entreprises et aux associations de partager des « places » pour une séance de course. Le sportif peut proposer un horaire ou participer à une session déjà programmée par un autre runner.

Mais que recherche le sportif dans ces courses collectives? «En groupe, on est moins concentré sur sa fatigue, on s'adapte aux autres et on finit même par courir plus vite», affirme Carmen Oliveras, marathonienne et coach sportive.

«Courir avec d'autres personnes aide à se lancer. Le runner se sent soutenu. Et ça répond aussi à ses attentes de rencontres et de partage», confirme Patrick Mignon, sociologue du sport à l'Insep.

L'hygiène de vie plutôt que la compétition

Boris Pourreau va plus loin: selon lui, la course à pied vit un véritable changement de fond. «Aujourd'hui, les gens courent pour entretenir leur corps. Ils ne sont pas là pour la performance et la compétition mais pour leur bien-être. Ces valeurs d'hygiène de vie, ils ont envie de les partager.»

Ce constat l'a incité à créer sa start-up, Running Heroes, à l'origine de la course caritative Unicef Heroes Day. Le principe: un événement 100% digitalisé pour financer des programmes de vaccination pour les enfants.

Par équipes de quatre, les athlètes relèvent des défis pendant plusieurs semaines jusqu'au 19 avril, où tous les inscrits devront courir 10 kilomètres, quel que soit l'endroit où ils se trouvent. Les performances des équipes et les sommes récoltées seront visibles en temps réel sur smartphone. «S'unir pour une cause est quelque chose de très motivant et de valorisant. Le runner ne se focalise plus uniquement sur son plaisir personnel mais donne du sens à sa pratique», estime Boris Pourreau.

Des courses à vocation humanitaire

Cette quête de sens est aussi bien présente chez Bordeaux charity running. L'association, créée par des runners amateurs, regroupe près une centaine de personnes qui se préparent à participer au Marathon de Bordeaux, le 18 avril, en soutien à la Ligue contre le cancer de Gironde.

«Les runners du groupe se dépassent, car ils sont porteurs d'une cause à défendre. Certains membres y ont d'ailleurs trouvé une motivation pour se mettre ou se remettre à courir», explique François Cornelis, fondateur et président de l'association.