Oxmo Puccino: «A l’époque le graffiti était lié à la voyoucratie»

Marion Buiatti

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Oxmo Puccino, un artiste constamment inspiré par la rue.
Oxmo Puccino, un artiste constamment inspiré par la rue. — DR

INTERVIEW - Pluridisciplinaire. Oxmo Puccino est surement le rappeur le plus ouvert de sa génération. Nous l’avons rencontré à l’occasion du lancement de sa collaboration avec la marque Eristoff et le street artist Mambo.

On vous connaissait chanteur, auteur (140 Piles, éd. Au Diable Vauvert), on vous découvre désormais dessinateur…

Pas tout à fait. C’est le photographe Xavier 2 Nauw qui m’a mis en contact avec Mambo, qui m’a lui-même proposé ce projet de «décoration» pour Eristoff. J’ai adhéré au projet. J’ai l’habitude de dire que je dessine des textes, des compositions, des messages avec des mots. Donc j’ai envoyé un brief de ce qui me plairait à Mambo puis il a créé le dessin. A côté de ça, je devais aussi trouver des phrases poétiques qui ne dérangent pas la loi Evin pour évoquer la boisson sans inciter à boire…

Vous avez vendu votre nom et votre image, en fait?

Je suis ouvert à toute proposition pourvu qu’elle m’enrichisse. Tout le monde est une marque aujourd’hui. On a tous un pseudo, un avatar, on se met en scène et on poste des photos de soi sous les meilleurs angles… Tout le monde se vend.

Pour autant, vous êtes resté fidèle à vos racines urbaines…

Je ne me suis jamais posé la question, mais j’ai effectivement tiré mes ressources créatrices de mon environnement. Ayant grandi, et vivant, à Paris, ça ne pouvait pas se passer autrement. Essayez de trouver plus de dix arbres alignés dans cette ville… Ce n’est pas évident!

Quel quartier de «Pam Pa Nam» vous a le plus marqué?

Le 19ème. C’est la où j’ai grandi. Je ne peux pas m’en lasser. La première chose qui m’a passionné dans le hip hop c’est le graffiti. Ca a un côté hyper accessible, le dessin, ça se fait comprendre plus vite que des mots… Et pour ça j’adorais le terrain vague de La Chapelle. Rien ne pourra me faire vibrer autant que cet endroit. C’est beaucoup de souvenirs comme Do the right thing de Spike Lee, et Joey Starr qui traînait là.

Avez-vous un souvenir de graffiti qui vous a marqué?

C’était un dessin très simple de Bando, qui a disparu désormais. Il y avait un remplissage uniforme parfait et les contours des lettres étaient faits en un trait, parfait aussi. C’était impressionnant car on pouvait voir qu’ils étaient tracés à une vitesse incroyable. C’était beau, avec les copains on allait le voir dès qu’on le pouvait… Souvent avant d’aller graffer nous même, pour s’inspirer. A l’époque on n’avait pas d’appareil photo. On essayait de savoir quelle marque de peinture les artistes utilisaient, d’appréhender leur manière de peindre. On prenait des risques, c’était illégal, méconnu et lié à la voyoucratie, il fallait faire ça rapidement.

Graffez-vous toujours?

Non. Je suis en tournée avec Roi sans carrosse et je sors un nouvel album avec Ibrahim Maalouf bientôt (Au pays d’Alice, dans les bacs le 4 novembre)… Je n’ai pas le temps, mais si je pouvais je retournerais graffer. J’ai des amis qui m’envoient des messages pour que je les rejoigne le faire par amour de l’art, le dimanche, avec femmes et enfants! Mais j’ai un rapport viscéral avec ça encore aujourd’hui. J’ai un sentiment d’amertume aussi, car à l’époque on amenait quelque chose qui pouvait changer le monde, on nous disait que ce n’était pas bien… Et des années après, c’est fantastique et on galvaude le terme «street art», c’est dur.

Propos recueillis par Marion Buiatti