Kevin Soler: «Le street workout fait tomber les barrières»

Morgann Jezequel

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Kevin Soler détient six records du monde de la figure du drapeau humain.
Kevin Soler détient six records du monde de la figure du drapeau humain. — Emmanuel Bournot/Reebok

RENCONTRE - Le street workout, musculation de rue où l'athlète ne se sert que du poids de son corps pour s'entraîner sur le mobilier urbain, gagne en popularité. Portrait de Kevin Soler, l'un de ses adeptes.

A 23 ans, le Français Kevin Soler détient déjà six records du monde de street workout. Compétiteur et entraîneur, il défend la rigueur sportive et les valeurs de partage de la discipline.

Comment as-tu commencé à pratiquer le street workout?

Il y a quatre ans, je rentrais d'un séjour en Australie et j'avais pris quelques kilos. Avec un ami, nous avons décidé de nous inscrire dans une salle de gym. Mais je n'ai pas du tout aimé l'état d'esprit qui y régnait, très individualiste. J'ai alors regardé des vidéos d'Hannibal for King, un précurseur américain du street workout, et j'ai commencé à m'entraîner seul dans la rue, sur le parcours de santé de ma ville de Sainte-Maxime.

Et ensuite?

En 2012, je suis devenu le premier représentant français de la Fédération internationale de street workout. Je participe aux compétitions et je détiens six records mondiaux du «drapeau humain», une figure qui consiste à s'accrocher en étant parallèle au sol, complètement gainé. A Sainte-Maxime, avec un ami, nous avons créé une association de street workout qui compte aujourd'hui une vingtaine de membres. Pendant trois ans, nous avons demandé à la municipalité des structures spécialisées car sur le parcours de santé, on allait finir par casser quelque chose. L'inauguration du terrain a attiré plus de 300 personnes, c'était un succès!

Justement, comment a évolué le street workout ces dernières années?

Le sport se professionnalise. La fédération internationale organise des compétitions officielles et de grands équipementiers entrent en scène, ce qui donne une nouvelle image et un certain cadre à la discipline. Le niveau s'est amélioré et les figures se font au millimètre près. La qualité des équipements sur lesquels on s'entraîne a donc beaucoup plus d'importance.

La standardisation des équipements ne va-t-elle pas à l'encontre de l'image de liberté véhiculée par ce sport?

Le street workout est par définition un sport libre. On peut s'entraîner n'importe où en ville, sans avoir besoin de poids ou de machines. Mais je pense qu'il vaut mieux s'entraîner de manière encadrée.

Comment la discipline est-elle perçue en France?

De manière générale, on est bien accueillis. Les gens sont impressionnés, nous prennent en photo, nous posent des questions. Mais le street workout souffre parfois d'une image un peu «racaille», à cause d'athlètes qui se donnent en spectacle dans le métro, le bus, qui se cognent les abdos. Ce n'est pas ça, le street workout: ce sport attire des athlètes de toutes les catégories sociales, de tous les âges. Il permet de faire tomber les barrières.

L'esprit d'équipe est-il vraiment primordial?

Oui, chacun apporte sa touche, ses figures, les présente aux autres et leur explique comment faire. Il y a une vraie valeur de partage. On a besoin de motivation de groupe et de cohésion pour pouvoir dépasser nos limites. Le street workout est un sport individuel mais qui se pratique en groupe.

Auriez-vous des conseils à donner à ceux qui veulent se lancer?

Ils doivent d'abord se rapprocher d'une association. Puis, lors de l'entraînement, il faut prendre le temps de travailler les bases pour faire une figure propre, sans se blesser. Ça peut prendre des mois avant de passer à l'étape suivante. Il faut faire preuve de beaucoup de rigueur pour apprendre à maîtriser son corps, comprendre comment chaque muscle travaille.