Julien Lachaussée : « Le skate c'est ma vie, j'ai même un tatouage qui le prouve »

Marion Buiatti

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Julien Lachaussée a su garder son âme d'adolescent
Julien Lachaussée a su garder son âme d'adolescent — M.BUIATTI

INTERVIEW - Skateur tatoué, Julien Lachaussée est l’incarnation même de la coolitude. Rencontre avec ce photographe brut de sympathie, qui exposera lors du Mondial du tatouage ainsi qu’à la galerie L’imprimerie jusqu’au 9 mars…

Comment t’es-tu retrouvé dans l’aventure du Mondial du tatouage ?

Je connais Tin-tin (un des tatoueurs organisateurs de l’événement) depuis très longtemps. Je l’ai rencontré quand j’ai shooté la campagne de pub Edwin. Je l’ai trouvé super sympa, cool, fun et rigolo. Je l’ai recroisé ensuite pour le photographier pour le magazine anglais Sang Bleu… Entre temps j’avais commencé à travailler sur mon livre Alive Tattoo Portraits, pour lequel il a rédigé la préface. J’ai naturellement participé au Mondial l’an dernier, et cette année j’aurais à nouveau un petit stand et une expo.

Que vas-tu y présenter ?

C’est une surprise. Je suis toujours en train de cogiter ! Ce qui est sur, c’est que ce sera des portraits de gens tatoués… Mais qui ? Ca je ne peux pas le dire, si ça se trouve, je vais encore changer d’avis la semaine prochaine ! (rires) Pour le stand, j’aurais des produits dérivés par rapport à mes images. Il faut des moyens pour acheter des photos, la plupart des tirages tournent autour de 700 et 1500€. C’est pour ça que j’ai prévu des posters en édition limitée, et des coques de téléphone. A 30 et 15€, c’est raisonnable.

Qu’est-ce que tu aimes dans le fait de photographier des gens tatoués ?

Souvent ils se mettent torse nu, ils me livrent un peu de leur vie… J’aime bien les tatouages quand ça raconte des histoires. Surtout moi à la base qui viens du skate, de la rue : j’aime bien le côté rock et un peu voyou du tatouage. C’est comme ça que c’est venu. J’ai commencé à shooter mes potes qui venait du skate, du BMX, et qui étaient tous tatoués.

Tu es toi-même tatoué, peux-tu nous décrire tes dessins ?

Je n’en ai pas beaucoup, cinq en tout. Mon premier c’est un pote corse qui me l’a fait : Daru Manu, il sera au Mondial. C’est important que ce soit quelqu’un que t’apprécies qui te tatoue car c’est un moment dont tu te souviendras. Et puis ça fait vraiment plaisir de le porter. Daru m’a fait un cœur avec des roses sur le bras, et aussi une hirondelle. Sinon j’ai les initiales de mes parents sur le poignet, et un B à l’arrière du bras. B pour Brisby, le caniche nain que j’ai eu de mes 10 à mes 30 ans. Quand t’es petit, un chien c’est un peu comme ton frère, ta sœur ou un pote. Tu peux lui dire des trucs et il ne te contredira jamais. Pour finir, c’est Tin-tin qui m’a fait mon tatouage de skateur. Je fais du skate depuis mes 14 ans, j’en ai 38 aujourd’hui : c’est ma vie et ça le sera toujours. J’ai donc une calligraphie sur les côtes où il est écrit « 100% skateboard ». (Rires)

Avant de choisir la photographie, tu avais envisagé d’être skateur pro ?

J’ai été sponso par une marque. Pro, c’est juste gagner de l’argent. J’ai justement arrêté au moment où l’on m’a proposé un contrat. J’ai toujours aimé être libre. Le skate, c’était avant tout me balader avec mes amis, aller faire le con, rouler à droite et à gauche… A l’époque le skate, c’était les potes et les bagarres (rires). Moi au moins je ne suis pas resté devant la console. J’ai même séché les cours pour skater.

Où allais-tu rider ?

J’allais tout le temps à Bercy ! Mais maintenant je vais à République, comme tous les anciens. C’est marrant, quand tu vas là bas tu revois plein de vieilles têtes ! C’est cool, tu peux te poser tranquille, bouffer ce que tu veux… C’est un spot de vieux (rires). Avant j’étais en mode warrior. Je pouvais rentrer avec des croûtes partout, il y avait du sang dans les draps… Une fois j’ai tenté un trick, je me suis mal réceptionné et je suis tombé sur ma main. Elle a gonflé, je suis allé à l’hôpital, le lendemain je suis retourné voir mes potes avec un bandage on m’a dit : « Putain tu t’es fait quoi ? », tu réponds « J’ai tenté un truc de ouf hier » et là t’entendais  « Respect ».

As-tu des idoles en skate ?

Pas vraiment, mais il y a des skateurs qui m’ont marqué comme Chad Muska et Geoff Rowley. Ce qui me plaît, c’est le fait que beaucoup sont devenus des artistes, comme Mark Gonzales ou Ed Templeton. Quand tu skates, tu cherches des modules, tu te dis « je vais faire telle et telle figure », tu te fais tout un cheminement… Ça développe vachement ton esprit artistique.

D’où ton projet « 100% Skateboarder » ?

Oui. Quand je faisais vraiment du skate, il y avait ceux qui écoutaient du rock, d’autres du hip hop. En fait, ce projet fait partie d’un autre qui est la réalisation d’un bouquin intitulé « Born to rock ». Il réunira des légendes du hard/punk rock, celles du hip hop et celles du skate… Qui sont souvent tatouées. Je veux retranscrire ce grand moment de mon adolescence où Chad Muska était toujours avec son ghetto-blaster, où les Beastie Boys, Suicidal Tendancies ou Bad Religion se revendiquaient de la culture skate. J’ai envie de recréer cet univers à travers toutes ces personnalités… J’ai déjà environ 200 images mais ce n’est pas fini !

RECUEILLI PAR MARION BUIATTI