En cabine avec Aurélie, conductrice de trains en région parisienne

Travail en mobilité Nous avons voyagé avec Aurélie Mourlon, agent SNCF, pour découvrir son quotidien sur les rails...

Jade Raffat
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Aurélie Mourlon aux commandes d'un Transilien.
Aurélie Mourlon aux commandes d'un Transilien. —

Il est 9h20 lorsque j’arrive à l’UP (l’Unité de production), le local de dépôt des conducteurs de trains. Celui-ci est situé près de la gare de Persan dans le Val-d’Oise (95). Dans la salle des pas-perdus, je retrouve Aurélie Mourlon, une des rares femmes conductrices de trains (elles représentent 1,6% des conducteurs sur le réseau national). Aujourd’hui, et parce que je suis là, elle sera accompagnée de son responsable, Lionel Desbois.

Gilet orange, valise de documents et en voiture…

Début de journée à 9h30 pour l’agent SNCF, son premier train part à 10h en direction de Paris. «A chaque début de service on vient au local pour préparer notre départ. On se présente au bureau de commande, on relève notre boîte aux lettres, on prend nos documents pour la conduite et c’est parti», explique la jeune cheminote de 23 ans. Nous enfilons nos gilets oranges, traversons les voies et montons à bord d’un Transilien Z 50.000.

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C’est parti pour une heure de trajet. Sur le parcours du train, je constate que des panneaux de limitation de vitesse sont situés au bord des rails, comme sur nos routes. Depuis sa cabine, sorte de capsule de pilote aux multiples boutons, Aurélie pousse le pommeau de vitesse pour faire avancer le train. Là aussi comme dans une voiture. Sur le tableau de bord, une tablette avec notre parcours (gares desservies, vitesses par zone, etc.) la guide au long du voyage. Aurélie est attentive: «J’observe les voies et la caténaire. Je dois aussi informer le système que je respecte les limitations de vitesse (elle appuie sur un bouton). Il faut être rigoureux dans ce métier», confie-t- elle.

«Les gens sont pressés et ne font pas attention»

A l’approche de la gare de Champagne-sur-Oise, une personne marche au bord des voies. Aurélie klaxonne. Elle m’explique: «Je n’ai jamais eu d’accident grave de personne mais une fois, dans cette même gare, un homme a traversé devant mon train et a pilé au dernier moment. Les gens sont pressés et ne font pas attention.» Les accidents et suicides, elle essaye de ne pas y penser, mais en tant que conducteur elle est sensibilisée aux drames: «Lors de ma formation, un psychologue est venu nous parler des suicides sur les rails. Il nous expliquait notamment que dans ces cas-là, il faut bien penser que ce n’est pas de notre faute.» Son responsable, Lionel Desbois ajoute, désabusé: «En moyenne, un conducteur de train connaîtra un suicide ou un accident grave de personne dans sa carrière.»

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A la découverte du quotidien d'une conductrice... par jade-coulissessncf

Quelques minutes plus tard, nouveau coup de klaxon. Nous traversons un passage à niveau. Aurélie m’explique que le système est automatisé: «Les signaux lumineux se déclenchent automatiquement et la barrière de sécurité se baisse environ vingt secondes avant le passage du train.» Arrivée en gare de Frépillon, Aurélie me montre un écran situé sur la partie gauche de la cabine. Des caméras, situées à l’intérieur des rames, permettent d’observer les voyageurs en cas de retentissement du signal d’alarme. «Si l’alarme est déclenchée pour un incident, le conducteur intervient pour faire le lien entre les autorités compétentes et les voyageurs. Si c’est un abus, il le voit tout de suite et ne perd pas de temps pour repartir», explique la conductrice.

«Points remarquables», «zone de cantonnement»: Aurélie explique

A la gare d’Epinay-Villetaneuse, une personne âgées trottine et fait signe à notre conductrice de l’attendre. «Nous ne sommes pas en heure de pointe et nous sommes à l’heure, on peut attendre qu’elle monte à bord», commente Aurélie. Sur cette ligne, il y a 20 gares desservies et certaines sont très rapprochées, les arrêts sont donc très courts. Nous continuons notre route et croisons d’autres trains. A chaque fois, comme les motards, les conducteurs se saluent. Aurélie ralentit, aucun panneau de limitation en vue, mais des «points remarquables» que le conducteur doit connaître et qui correspondent à une vitesse obligatoire à respecter dans certaines zones. Ici, un écriteau «Km 15.4», Aurélie ne doit pas dépasser les 60 km/h. Plus tard, nous croisons deux autres «points remarquables»: le pont du Landy et le pont de Doudeauville. Les agents connaissent ces points grâce aux livrets de ligne, des documents qui permettent aussi à notre conductrice d’adapter sa conduite.

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Désormais, nous sommes à 15 minutes de Paris. Devant nous, un signal jaune clignote: il s’agit d’une restriction de vitesse car un train est dans la «zone de cantonnement»; c'est-à-dire à moins de 3km devant notre Transilien. Aurélie doit donc ralentir pour maintenir la distance de sécurité entre les deux engins. «C’est ce genre d’événement qui provoque parfois l’arrêt du train en pleine voie», m’explique Lionel Desbois. Nous approchons de la gare du Nord, le signal affiche désormais un point jaune fixe. Le responsable des conducteurs m’informe que nous devons nous taire jusqu’à l’arrêt du train. C’est une phase sensible du trajet, la conductrice prend le combiné de la radio et dit «avertissement» pour prévenir de son arrivée. Aurélie, très concentrée, immobilise le véhicule en bout de quai. Fin du voyage; tout le monde descend…