La COP21, le rendez-vous manqué des écologistes?

POLITIQUE Où seront les écolos pendant la grande conférence internationale sur le climat à Paris en décembre ?...

Audrey Chauvet

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Laurent Fabius aux Journées d'été d'EELV à Lille, le 21 août 2015
Laurent Fabius aux Journées d'été d'EELV à Lille, le 21 août 2015 — A.Chauvet/20minutes

De notre envoyée spéciale à Lille (Nord),

Voir la cause pour laquelle on se bat depuis des années occuper enfin le devant de la scène, il y a de quoi se réjouir. Mais aussi de quoi être inquiet de se faire voler son fonds de commerce. Aux journées d’été d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), qui se tiennent depuis ce jeudi à Lille, la Conférence des Nations unies sur le climat (COP21) qui se tiendra en décembre à Paris est au centre des discussions officielles, notamment ce vendredi soir avec une plénière à laquelle participe Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères qui présidera la conférence sur le climat.

C’est pas un peu frustrant ?

Parler de la COP21 aux Journées d’été semblait inévitable, mais quel rôle auront concrètement les écologistes en décembre, alors que l’événement est déjà préempté par le gouvernement pour en faire le succès écolo du quinquennat ? « Les écologistes, par définition et depuis très longtemps, attirent notre attention sur le climat et l’environnement », a déclaré Laurent Fabius à son arrivée aux Journées d’été des écologistes, rappelant que l’organisation de la COP21 est une « action de tout le gouvernement mais aussi de la société civile, et c’est là que les écologistes auront un rôle à jouer. Nous travaillons déjà ensemble. »

Ça doit tout de même être un peu frustrant de ne pas être plus impliqué dans le plus gros événement environnemental que la France n’ait jamais accueilli, quand on défend ces idées depuis des années ? « On a moins de leviers d’action que si on était au gouvernement, concède Pascal Canfin, ex-ministre du Développement aujourd’hui conseiller principal du think-tank américain World Resources Institute (WRI). Mais on peut être aussi influent par la mobilisation sur les territoires. » « Etre impliqué ne veut pas dire être dans le gouvernement », renchérit la députée européenne Michèle Rivasi. « J’espère que les élections régionales seront l’occasion de montrer que les régions sont le bon niveau pour parler de climat. »

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« Mettre en évidence les incohérences de la France »

Le téléscopage des deux événements, élections régionales et COP21, est donc plutôt vu comme une aubaine par les Verts. « En 2009, tout le monde parlait du climat et aux élections européennes on a vu que les seuls crédibles sur ce sujet étaient les écologistes », confie Pascal Canfin. Il faut « profiter de la COP21 pour montrer que l’écologie apporte des solutions », ajoute la députée Barbara Pompili. Opportunistes, les écolos ? « Si la COP21 bénéficie aux écolos, tant mieux, mais ce n’est pas l’objectif », tempère Pascal Canfin. « Cette conférence va mettre en évidence l’aspect fédérateur de l’écologie et peut aider les gens à se dire que les meilleurs défenseurs du climat sont les écolos », espère-t-il.

L’ancien ministre, sorti du gouvernement en 2014, entend aussi faire pression sur le gouvernement : « Nous allons mettre en évidence les incohérences entre ce que la France promeut et la politique qu’elle mène : comment vouloir un accord pour limiter le réchauffement climatique à +2°C et soutenir la construction d’un aéroport dont la France n’a pas besoin ? »

— Marine Tondelier (@marinetondelier) August 21, 2015

Les écologistes ne regrettent pas leur sortie du gouvernement, même à quelques mois d’une échéance majeure pour le climat. Et n’ont pas peur non plus de se faire piquer l’écologie par d’autres, y compris par les socialistes : « Les écologistes ont prouvé leur crédibilité sur le thème de l’écologie alors que le gouvernement prouve l’inverse avec Notre-Dame-des-Landes, la baisse des aides à l’agriculture biologique, l’abandon de la taxe carbone… », estime Pascal Canfin. Laurent Fabius appréciera.