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Trëmma fait comme « Vinted ou Leboncoin, mais en version solidaire »

DON Revendre ou donner. La plateforme Trëmma propose aux internautes d'allier les deux, en reversant le produit de la vente à un projet solidaire de leur choix 

S. K.
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Sur Trëmma.co, les internautes peuvent mettre en vente habits, meubles, mais aussi les ordinateurs, appareils photos, platines vinyle... Bref tous les objets en bon état d'usage dont ils ne veulent plus.
Sur Trëmma.co, les internautes peuvent mettre en vente habits, meubles, mais aussi les ordinateurs, appareils photos, platines vinyle... Bref tous les objets en bon état d'usage dont ils ne veulent plus. — Hakinmhan / Getty Images
  • D’après l’étude OpinionWay réalisée en 2021 pour 20 Minutes et AXA Prévention, lorsqu’un équipement n’est plus utilisé, les moins de 25 ans le vendent sur Internet (44 %), les plus de 65 ans le donnent à une association (41 %)
  • La boutique solidaire en ligne Trëmma.co va mettre les deux générations d’accord. Quand il ne veut plus d’un objet, l’internaute peut le proposer à la vente sur la plateforme. En cas d’achat, l’argent est reversé au projet solidaire de son choix
  • Lancé en janvier 2021, ce projet est porté par Label Emmaüs, la version 2.0 du mouvement de l’abbé Pierre, dont nous interviewons la cofondatrice et directrice, Maud Sarda

Participer à l’économie circulaire et mieux consommer. Une envie croissante chez les Français qui se tournent de plus en plus vers les achats de seconde main. Rencontre avec Maud Sarda, directrice et cofondatrice de Label Emmaüs, la boutique en ligne d’Emmaüs, et du site  Trëmma, une plateforme de don innovante lancée en début d’année et qui devrait tourner à plein après Noël. Son concept est à mi-chemin entre Leboncoin et Ulule : vous mettez en vente un produit, et l’argent récolté lors de la transaction est attribué au projet solidaire de votre choix parmi ceux sélectionnés par Trëmma.

Maud Sarda a créé Label Emmaüs, la boutique en ligne du mouvement de l'abbé Pierre, ainsi que le site Trëmma.fr, qui permet de vendre en ligne les objets dont on n'a plus l'usage, et d'en reverser le bénéfice à un projet solidaire.
Maud Sarda a créé Label Emmaüs, la boutique en ligne du mouvement de l'abbé Pierre, ainsi que le site Trëmma.fr, qui permet de vendre en ligne les objets dont on n'a plus l'usage, et d'en reverser le bénéfice à un projet solidaire. - josephinelafaille

Comment est né Label Emmaüs, la boutique en ligne d’Emmaüs ?

Cette coopérative a été créée en 2016 avec la volonté de développer une structure à dimension digitale, c’est un prolongement d’Emmaüs. Aujourd’hui, elle totalise 1,6 million de dons d’objets en vente, gérés par 160 structures de l’économie solidaire. Ces dernières sélectionnent les produits reçus dans les boutiques physiques et choisissent ceux qu’elles veulent diffuser en ligne. Chacune gère son stock et remet au transporteur les achats avant envoi au client final. Si besoin, nous disposons d’une équipe à capable de les former à la vente en ligne. L’objectif étant de réinsérer à travers l’e-commerce, du shooting photo au SAV. Depuis 5 ans, nous avons formé plus de 900 personnes !

Quel est le profil d’un client Label Emmaüs ?

Il est très différent des points de vente physiques Emmaüs, il dépense davantage et se connecte plus. L’enjeu consiste à moderniser l’image d’Emmaüs, à casser des barrières psychologies. Ceux qui donnent ne sont pas forcément des clients.

Vous vous inscrivez dans l’air du temps…

Oui, depuis cinq ans, nous enregistrons une croissance du volume des ventes de 80 à 90%. Pendant le confinement, les ventes de livres et de produits high-tech ont explosé. C’est le sens de l’histoire car l’attente est forte sur la seconde main. Nous avons enregistré 4 millions d’euros de dépense en 2021 toutes catégories confondues, pour un panier moyen de 40€.

Vous avez lancé la plateforme de don par l’objet Trëmma en janvier 2021. Pourquoi ?

A l’époque, nous avons étudié le marché et nous sommes tombés sur une enquête indiquant que 80% des annonces passées sur Leboncoin l’étaient pour éviter de jeter des objets. Chaque mois, on trouve 10.000 dons sur ce site, le potentiel est donc énorme.

En quoi le principe diffère-t-il du site Label Emmaüs ?

Trëmma est plus innovant. L’idée consiste à prolonger le point de dépôt Emmaüs et à offrir un parcours à l’utilisateur comme sur Vinted ou Leboncoin, mais en version solidaire. Un donateur poste en direct un objet, mais il abandonne le produit de la vente à un projet solidaire. Il s’occupe de la remise en main propre ou livre via un Point Relais.

Aujourd’hui, nous mettons en avant quatre projets, dont Emmaüs Alternatives ou la Ressourcerie du pays d’Issoire par exemple, et nous en aurons quatre de plus ce mois-ci. Le fil rouge : la transition numérique du milieu associatif. Trëmma est le seul site existant à faire du crowfunding par le don d’objet. Il permet de replacer l’impact solidaire au centre du don.

Comment sélectionnez-vous les projets ?

Nous avons créé un fonds de dotation avec un conseil d’administration. Nous lançons un appel à projet avec des critères qui sont toujours liés au numérique au service de la lutte contre les exclusions. L’objectif consiste à financer des bourses de 5 à 10.000€. C’est un peu notre fondation à nous.

Combien de dons recevez-vous chaque semaine sur Trëmma ?

Nous avons environ 10 dons par jour, dont beaucoup de textiles, ce qui prouve que c’est un public jeune. Le prix d’un produit tourne autour de 20€, nous sommes sur des dons assez qualitatifs.

Comment communiquez-vous sur Trëmma ?

Prochainement, nous allons profiter de la journée de la générosité, le 30 novembre, pour communiquer sur les réseaux sociaux. Et après Noël, nous lancerons une campagne autour du message « Vous n’êtes pas content de vos cadeaux ». Nous nous attendons à recevoir des dons après les fêtes, grâce aux bonnes résolutions de fin et début d’année !

Quelles sont les perspectives de développement de Trëmma à moyen terme ?

Nous essayons de développer des partenariats avec des entreprises comme La Poste pour inciter les salariés à faire des dons ou des écoles pour relayer le concept. Nous nous rapprochons aussi de marques pour récupérer leurs invendus. Elles veulent faire de l’économie solidaire mais ne savent pas comment s’y prendre. Aujourd’hui, seuls 3 % des fins de série sont donnés. Trëmma est une poussière mais a le mérite d’exister, c’est un contre modèle. Le secteur associatif doit se bouger, apporter des compétences.