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Les Français changent (un peu mais pas trop) leur comportement pour la planète

ENGAGEMENT Les Français prennent de nouvelles habitudes de consommation, plus responsables, mais certains comportements restent difficiles à changer

E. C.
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Mêmes s'ils ne renverseront pas seul la balance, les actes individuels sont indispensables à la lutte contre le réchauffement climatique.
Mêmes s'ils ne renverseront pas seul la balance, les actes individuels sont indispensables à la lutte contre le réchauffement climatique. — aldomurillo / Getty Images

Pour 73 % des Français, « tout le monde a un rôle à jouer » dans la lutte contre le changement climatique. C’est ce qui ressort d’une enquête réalisée par OpinionWay pour 20 Minutes et AXA Prévention en août 2021. En clair, chacun doit prendre sa part. Mais comment se matérialise cette volonté dans le quotidien des Français ?

D’abord, par une sensibilité accrue aux questions environnementales, rappelle Anaïs Rocci, sociologue à l’Ademe (l’Agence de la transition écologique), qui sonde régulièrement les Français sur ces thématiques. Depuis 2019, l’environnement est d’ailleurs en tête des préoccupations des Français, au coude à coude avec l’emploi. « Il y a une vraie prise de conscience de l’urgence à agir et de la nécessité de faire évoluer les modes de vie », analyse la sociologue. Une inquiétude qui se traduit, en partie, dans les actes.

Produits de saison, moins de climatisation… Les pratiques qui montent

En tête des gestes désormais bien ancrés dans nos habitudes : le tri des déchets. Selon le baromètre 2020 de l’Ademe, « 82 % des Français déclarent trier, et c’est une pratique qui est globalement stable », analyse Anaïs Rocci. L’achat des légumes de saison, lui, a fortement augmenté avec 68 % des sondés qui assurent en consommer, soit +10 points par rapport à 2016. Ils sont aussi plus nombreux (61 %) à affirmer réduire leur utilisation du chauffage et à limiter la climatisation à 26°C l’été (+13 points par rapport à 2016).

Autre habitude qui monte, près d’un Français sur deux déclare consommer moins en général, et affirme baisser sa consommation de viande. Une tendance « en nette hausse depuis 2014 avec +15 points », observe Anaïs Rocci. Avec une différence notable entre les hommes et les femmes : « 52 % de femmes qui déclarent manger moins de viande, contre 40 % d’hommes ».

Des marges de progression

Parmi les pratiques qui augmentent mais ont encore du potentiel, on peut noter le choix de produits écoresponsables. « 43 % des personnes disent qu’elles pourraient acheter facilement des produits avec un label écologique, mais ne le font pas. Ce qui laisse penser qu’il y a peut-être des incitations à donner pour encourager cette pratique ». De la même façon, « 39 % des personnes interrogées déclarent qu’elles pourraient acheter des produits avec moins d’emballages », observe Anaïs Rocci. Là encore, les actes ne suivent pas forcément. « Malgré le développement du vrac, il reste aujourd’hui plus facile d’acheter des produits suremballés. Il y a donc un vrai enjeu à développer cette offre. » La balle serait donc plutôt dans le camp des entreprises.

Le transport pèche encore

Les comportements les plus difficiles à changer sont ceux liés au transport… Alors même qu’il s’agit du secteur le plus émetteur de CO2 en France, comme l’a rappelé récemment le Haut conseil pour le climat. En 2020, 36 % des Français affirmaient se déplacer à vélo ou à pied plutôt qu’en voiture. Mais ils étaient seulement 29 % à privilégier les transports en commun à la voiture. Sans surprise, les urbains ont plus de facilité à se passer de la voiture que les ruraux. En matière de mobilité, la volonté est là, mais « les pratiques sont clairement déterminées par l’offre, avec de grosses inégalités territoriales », analyse Anaïs Rocci. « On voit bien ici que tout ne dépend pas uniquement des individus, et que leur marge de manœuvre est directement liée aux infrastructures et aux services existants ».

Les limites du « geste individuel »

Aux yeux des Français, l’action passe certes par « la mobilisation des citoyens, mais aussi par des politiques ambitieuses dans les actes, et par les entreprises qui doivent jouer un rôle », résume Anaïs Rocci. Une analyse partagée par César Dugast, coauteur du rapport « Faire sa part ? » et consultant neutralité carbone au sein du cabinet Carbone 4. « Il y a des leviers individuels particulièrement puissants, comme le fait de devenir végétarien, de se passer de sa voiture individuelle pour privilégier les transports en commun, ou de moins prendre l’avion ».

D’autres gestes à fort impact nécessitent un investissement financier plus important : faire rénover sa maison pour mieux l’isoler, changer son mode de chauffage, opter pour un véhicule à bas carbone… D’où l’importance des relais que peut apporter l’Etat sous forme de subventions aux particuliers : incitations fiscales, aides à l’achat, systèmes de bonus-malus…

Industrie, agriculture et transports peuvent mieux faire

En moyenne, « la France émet 11 tonnes de CO₂ par personne et par an, et nous devons parvenir à 2 tonnes en 2050 pour respecter les engagements de l’Accord de Paris », remet en perspective César Dugast. « Il ne faut donc surtout pas tomber dans l’écueil de sur-responsabiliser les individus dans la lutte contre le changement climatique. L’action individuelle est absolument nécessaire, mais elle est aussi insuffisante. » Surtout quand on sait que les secteurs de l’industrie, de l’agriculture et des transports représentent à eux seuls 69 % des émissions de gaz à effet de serre en France.

En attendant, la meilleure manière de comprendre son impact individuel sur le climat est de mesurer son empreinte carbone personnelle, rappelle l’expert. Un nouveau geste à faire entrer dans les habitudes ?