« La ville de demain sera certainement plus sociale »

Rédaction 20 Minutes

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Maud Beau est sociologue et urbaniste au cabinet UFO.
Maud Beau est sociologue et urbaniste au cabinet UFO. — DR

INTERVIEW - Maud Beau est sociologue et urbaniste chez UFO, une entreprise française d’urbanisme collaboratif. Elle travaille sur l’implication des habitants dans la création des villes de demain. Un moyen selon elle d’y garantir une dose de mixité sociale…

La dimension sociale sera-t-elle plus importante dans les villes de demain ?

Certainement, car on constate que la participation des citoyens est mise en avant dans la conception des villes. La population a un rôle à jouer et l’intelligence collective peut avoir sa place à côté de celle des experts. Reste à se donner les moyens d’en faire une nouvelle sphère active et pas une simple validation administrative.

Comment une ville écolo permet-elle de mixer les populations ?

La mixité sociale fait toujours partie du programme. Mais dans les faits, on a déjà pu observer le départ de certaines classes modestes d’éco-quartiers. Le terme même renvoie à un imaginaire uniforme. Si on projette quelque chose de figé, en fonction d’un type de population, on va créer un projet type qui n’aura pas la place d’évoluer. Le projet imposé par la collectivité doit gagner en identité grâce à la participation.

Il y a donc le risque de construire des éco-quartiers élitistes…

Le risque, c’est de gentrifier, et de n’accorder d’importance qu’aux populations qui s’installent. On ne permet pas souvent aux gens qui sont sur place, parfois de classe modeste, de faire évoluer le territoire comme ils le souhaitent. En réalité, on reste dans la projection de la collectivité et de l’architecte. Il faut développer l’« empowerment » (la prise en charge) du territoire à partir de ce qui existe sur place.

Quelles solutions peut-on apporter?

Je pense que l’implication des populations dans la phase de conception, a un impact positif. Par exemple, nous avons développé un outil très simple où chacun peut créer une image hyper réaliste de son quartier.  Cela nous permet de cerner les appréhensions. A Rennes, on a réalisé que la densité ne posait pas de problèmes aux gens dans la mesure où elle s’équilibre avec plus de nature.

La ville de demain : rêve ou cauchemar ?

Plutôt rêve j’espère ! Enfin pas un rêve uniforme mais différents rêves sur différents territoires. Les populations prennent une liberté en donnant leur avis que les collectivités doivent saisir comme une chance.

PROPOS RECUEILLIS PAR AURELIE DELMAS