Vers une ville marchable ?

Romain Gouloumès

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Le parcours de la ville marchable prend comme point de départ l'écoquartier de Bonne.
Le parcours de la ville marchable prend comme point de départ l'écoquartier de Bonne. — R.Gouloumès

TRANSPORT - Comment inciter les Français à se déplacer sur deux pieds plutôt que sur quatre roues? En rendant « la ville marchable », répond Grenoble, qui tient en ce moment sa quatrième biennale de l’habitat durable.

C’est tout un concept. Le conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) de l’Isère et l’agence d’urbanisme de la région grenobloise (AURG) présentaient pour la première fois ce jeudi 13 juin leur parcours « ville marchable ». Julia Alvarez, ingénieure paysagiste du CAUE, lève le voile : « Le but de ce parcours est d’inciter les gens à se déplacer à pied, mais aussi de voir comment l’améliorer, le rendre plus intéressant et agréable, pour qu’ils l’empruntent d’avantage. » Utilisable pour les trajets du domicile au lieu de travail comme pour les ballades en famille, le tracé n’est toutefois pas anodin, puisqu’il fait le lien entre plusieurs zones urbaines réparties autour du centre-ville.

Le long des 5km d’itinéraire, le marcheur traverse trois quartiers réaménagées ou en cours de requalification. Moderne, vert, dense, aucun ne produira le même effet. « C’est assez haché, on ne sent pas de continuité entre les quartiers, réagit Serge Grau, directeur du CAUE. Chacun raconte son histoire. On travaille sur les liaisons interquartiers pour justement raconter une histoire plus commune. » Anne Marie Maur, urbaniste, enchérit : « On connaît son quartier, son trajet quotidien, le centre-ville, mais on n’a pas de représentation mentale des autres quartiers. »

Redécouvrir la ville

Proposée à un parterre de participants de la biennale, l’initiative aura reconverti nombre d’entre eux à la marche à pied. Avec, toutefois, certaines limites. « J’ai redécouvert ma ville », lâche un Grenoblois, tout essoufflé à mi-parcours. Heureusement pour lui, le trajet retour se fera en bus.

L’initiative du CAUE fait penser à une autre, lancée en 2012 par la municipalité. Sous l’impulsion de l’Inpes, Grenoble a créé des itinéraires pour inciter les Grenoblois, et en particulier les habitants des zones urbaines sensibles (Zus) à faire plus d’activité physique. Une étude menée entre 2009 et 2010 dans la grande région grenobloise observait que 91% des déplacements à pied mesuraient moins d’un kilomètre. « Finalement c’est pas si loin », cette phrase Adelaïde Brieuc, chargée de coordination santé environnement à la ville de Grenoble, l’a beaucoup entendu depuis. « Grenoble est plat et se prête très bien à la marche, explique-t-elle. Pour que le dispositif soit utile au quotidien, on a juste indiqué les directions des lieux importants, et le temps pour arriver à destination. »  Une étude devrait prochainement dire si oui ou non les panneaux fléchés de la ville marchable ont atteint leur cible.