Les sept choses à savoir avant de devenir artisan

Création d'entreprise Débuter dans l’artisanat nécessite une préparation rigoureuse car la compétence seule ne suffit pas…

Marianne Clonta
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Pour réussir comme artisan-chef d’entreprise, il faut se renseigner avant de commencer toute activité.
Pour réussir comme artisan-chef d’entreprise, il faut se renseigner avant de commencer toute activité. — M. Stamey/AP/Sipa

Sur les quatre dernières années, le nombre de créations et de reprises d’entreprises est passé de 100.000 à 80.000, d’après le directeur général de l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l'artisanat (APCMA), François Moutot. Si la raison principale à cette baisse est due au contexte économique, se poser les bonnes questions avant de se lancer, est aussi très important si on veut d'activité pérenne.

Quel projet débuter?

Alain Griset, président de l’APCMA est formel: «On ne peut pas créer pour créer.» Le projet doit, avant tout, correspondre à des compétences, des connaissances et surtout à une envie. On ne devient pas artisan pour les aides, le confort ou pour l’hypothétique salaire à empocher à la fin du mois…

Dans l’artisanat, la valeur fondamentale c’est l’individu «alors qu’en général, pour les autres activités, la valeur c’est l’action. Ce n’est pas le même monde économique», précise encore Alain Griset.

Quel financement faut-il avoir?

Comme l’artisanat n’est pas une entreprise capitalistique, elle dépend fortement des prêts bancaires et de l’apport de base. Pour se lancer, le futur entrepreneur doit pouvoir présenter aux banques, de plus en plus frileuses, un dossier financier solide, qui soit en «correspondance avec les standards de la banque», met en garde François Moutot.

Mais attention, «avoir un fonds personnel, c’est logique… Engager l’ensemble de ses biens propres, c’est illogique, non professionnel, et ça ne rassurera pas le banquier. Il existe, en revanche, des sociétés de cautionnement mutuel, comme la Société de caution mutuelle de l'artisanat et des activités de proximité (Siagi), qui permettent de ne pas aller au-delà de la mise de fonds qui varie entre 20 et 30%». Sans ce travail d’analyse préalable, attention aux mauvaises surprises! Et si les aides ne sont pas la base d’une création d’entreprise, les chambres des métiers pourront néanmoins aider à l’instruction de dossiers de demande, comme pour l’Accre, aide destinée aux chômeurs souhaitant se lancer dans entrepreneuriat, ou le Nacre, nouvel accompagnement pour la création d’entreprises.

Quel avenir pour son entreprise?

Le futur artisan doit établir un bilan prévisionnel qui rende pérenne son projet pour les années à venir, la barre des trois ans étant primordiale. Il n’y a pourtant pas de «secteur magique», avertit Alain Griset. «Prenez le bâtiment qui est aujourd’hui en berne. Il redeviendra un secteur de pointe dans les années à venir avec les besoins en logement, les nouvelles normes et la rénovation énergétique.»

Quelle est la situation économique et le marché?

Anticiper les évolutions et la conjoncture permettra de répondre ainsi, au mieux, aux défis du présent. Il faut donc regarder comment son activité se positionne, car certains secteurs sont, malgré tout, plus porteurs ou plus innovants à l'instant «T». La tendance du moment va plutôt aux services en lien avec le bien-être et les services à la personne…

Où doit-on s’installer?

On ne pose pas ses cartons d'artisans n'importe où. Quelle est la situation économique d’un territoire donné? La clientèle disponible et potentielle? Sa zone de chalandise?, interroge Alain Griset. Une analyse de la concurrence existante donne un bon aperçu du potentiel du marché. L’artisan peut ainsi se situer en termes de stratégie et de géographie locale. «Par exemple, on n’ouvre pas un pressing dans une ville de moins de 8.000 habitants», explique François Moutot.

Comment bien choisir le statut et le régime de son entreprise?

Quand tout ce travail préalable a été fait, une question primordiale se pose: quel statut juridique et du coup quel régime fiscal prendre? Traditionnellement, les entrepreneurs individuels n’ont pas de séparation protectrice entre leur patrimoine professionnel et personnel. Avec le risque de tout perdre en cas de mauvais sort. Le statut d’EIRL, soit entrepreneur individuel à responsabilité limitée, est venu combler cette lacune. «Quand on investit en nom propre, il faut choisir ce statut qui protège», affirme Alain Griset.

Mais toutes les situations ne s’y prêtent pas. On peut aussi «se mettre en société parce qu’on a des associés», poursuit le président de l’APCMA. A savoir choisir le statut de SARL, société anonyme à responsabilité limitée, ou de SAS, société à actions simplifiées.

Pourquoi faut-il être bien accompagné?

De la plus générale à la plus pointue, la Chambre de métiers et de l’artisanat, locale, doit accompagner l’artisan dans toutes ses questions. «Etre qualifié d’artisan, c’est avoir une qualité reconnue et être inscrit sur les registres du répertoire des métiers. Mais mieux vaut venir en amont d’un projet pour être accompagné, conseillé et orienté. La Chambre des métiers est là pour ça. Elle va faire les démarches au nom de l’artisan auprès des administrations», conclut Alain Griset.

>>>Retrouvez l'ensemble de notre dossier consacré à l'artisanat et notre infographie «5 étapes pour bien se lancer»