Cinq questions à se poser si on reprend une société

Pratique Avant de déposer un dossier de reprise, il faut bien se renseigner sur les modalités de rachat et sur l'entreprise qu'on souhaite acquérir...

Marianne Clonta
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La reprise d'une entreprise dans le secteur de l'artisanat se prépare et demande une organisation rigoureuse.
La reprise d'une entreprise dans le secteur de l'artisanat se prépare et demande une organisation rigoureuse. — N. José/Sipa

Selon l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l'artisanat (APCMA), 300.000 entreprises artisanales seront à transmettre dans les dix années à venir. Mais, acheter une société qui existe déjà n'est pas de tout repos, même si, en s’y prenant bien, ses chances de survie seront supérieurs à celles d’une société créée de A à Z. Alain Griset, président de l’APCMA, n'a pas de doute: «C’est certes une aventure exigeante, mais aussi extrêmement enthousiasmante.» Le tout bien sûr, si on réussit à franchir les bons obstacles…

Pourquoi rependre une société déjà implantée?

Chaque année, en France, d’après l’Insee, 60.000 sociétés, qui attendent d’être rachetées, se retrouvent sans repreneur. Parmi elles, une majorité de TPE. La cause? «L'instabilité due à la conjoncture économique ne facilite pas les projets de reprise», précise François Moutot, DG de l’APCMA. Le rapport, de la députée Fanny Dombre-Coste, publié le 7 juin dernier, explique que ce sont surtout les entreprises de l’artisanat qui sont le plus touchées par ce phénomène.

Et pourtant, c’est dans la reprise qu’un artisan a le plus de chances de pérenniser son action: les risques étant amoindris dans la mesure où il n’y a pas tout à faire… «Bien transmettre nos entreprises, c’est sauvegarder 750.000 emplois et en créer, potentiellement, des dizaines de milliers d’autres», rapporte Fanny Dombre-Coste dans son rapport. Et de poursuivre: « Seules 60.000 entreprises sont mises sur le marché tous les ans quand 185.000 unités pourraient être concernées. 30.000 sont cédées, 30.000 disparaissent. Je n’accepte pas cette situation.»

Faut-il affiner son projet?

Tous les futurs artisans doivent se poser cette question. Les repreneurs encore plus. Car il lance non seulement un affaire, mais il récupère également l’affaire de son prédécesseur, avec ses forces et faiblesses. «Un repreneur d'entreprise a plus de questions à se poser, toutes aussi importantes», assure Alain Griset, président de l'APCMA. «Les compétences demandées en management ne seront pas les mêmes pour 20 salariés ou pour deux, et ça même si l’activité est similaire. Dans le premier cas, de grandes compétences managériales sont primordiales, dans le second moins», ajoute Alain Griset.

Des connaissances supplémentaires pour être plus efficace?

Reprendre une entreprise familiale et une entreprise anonyme n’est pas la même chose. Selon l'APCMA, les reprises familiales dans l’artisanat sont loin d'être majoritaires. Elles représentent seulement 20% des cas. Un peu plus pour les reprises salariales (17%), mais loin derrière les reprises par des tiers (51%). Ce qu’on trouve le plus souvent selon Philippe Mutot, ce sont «les transfuges, c'est-à-dire des personnes extérieures au métier envisagé».Leur part varie de 16% pour le BTP, 33% pour la fabrication, 36% pour l'alimentation, et jusqu'à 39% pour les services.

Ces «transfuges» n'ont pas forcément une connaissance intime du milieu dans lequel ils comptent s'investir. D’où le besoin de formations, de stages et de cours pour palier les manques éventuels de ces repreneurs et les familiariser avec les réalités qui peuvent leur échapper. Les Universités régionales des métiers et de l’artisanat (Urma), mises en place en partenariat avec les IUT, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et universités, proposent des formations de tous niveaux. Quant aux chambres des métiers, elles proposent des stages préalables à l’installation (SPI) pour bien préparer le futur artisan (statut juridique, fiscalité, RH, comptabilité, etc.).

Comment se lancer sans égratignures?

Trouver des marchés, des locaux, des clients, les fidéliser, investir, embaucher… En reprenant une entreprise, on peut échapper, en partie, à tous ces tracas. Mais tomber sur la perle rare n’est pas une mince affaire. D'abord parce qu'il faut savoir choisir une entité selon des critères précis. «Les dettes, les normes qui peuvent s'imposer aux laboratoires ou aux ateliers, la situation en termes d’emploi et de salariés présents, les qualifications de ces derniers, leurs situations, la pyramide des âges, tout cela doit être pris en compte», égrène Alain Griset. La démarche est pourtant essentielle puisqu’il faut savoir si «l'entreprise qui vous intéresse a de bonnes dents», ironise François Moutot.

Un tiers des chefs d’entreprise ont plus de 50 ans et sont susceptibles de céder leurs «bébé» dans les dix à vingt ans qui viennent. Il faut donc bien s’y préparer ! Une des difficultés de la démarche est la rencontre entre le cédant et le repreneur. Cette dernière est rarement bilatérale et se fait plus volontiers par le biais de tiers, comme le réseau «Transmettre et Reprendre» qui réunit les principaux grands acteurs sur le sujet.

Argent et gestion, comment ne pas se louper?

Pour monter un projet susceptible d'être accepté par une banque, mieux vaut passer par des intermédiaires financiers. A l’image de la Siagi, un organisme de caution mutuelle qui facilite l'accès au crédit pour les entreprises artisanales, notamment en cas de reprise ou de développement, plusieurs acteurs pourront vous accompagner.

A noter que pour l’achat en lui même, les professionnels recommandent de surveiller les documents relatifs aux trois deniers exercices, comme les bilans, les comptes de résultats, le chiffres d’affaires, la marge brute et nette.

>>>Retrouvez l'ensemble de notre dossier consacré à l'artisanat et notre infographie «5 étapes pour bien se lancer»