Quand l’industrie française fait confiance à l’artisanat

Petunia James
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Une fois les pièces des entreprises artisanales reçures, les employés d'Airbus les assemblent.
Une fois les pièces des entreprises artisanales reçures, les employés d'Airbus les assemblent. — Airbus/photos by master/H. Goussé

AVENIR - S’offrir les services des petites entreprises artisanales fait partie de la stratégie de développement de divers gros industriels. Comment cette sous-traitance est devenue capitale pour les uns comme pour les autres?

A moins d’être un surhomme, on ne peut pas tout faire tout seul. Les industriels avertis l’ont bien compris. Et 75% de leurs sous-traitants se révèlent être des entreprises artisanales. «Les moyennes structures de type PME sont flexibles et réactives. Elles arrivent, de par leur taille, à maîtriser des métiers éminemment manuels où le facteur humain est prépondérant. La chaudronnerie aéronautique en est un parfait exemple sachant que nous n’avons pas à l’heure actuelle de solution d’automatisation disponible», informe Albert Varenne, directeur de la stratégie et de la gouvernance des achats chez Airbus.

L’innovation comme cheval de bataille

En effet, la mécanique, l’électronique ou encore la plasturgie sont des domaines extrêmement pointus, et très recherchés, où le savoir-faire d’entreprises artisanales fait la différence. C’est pourquoi 84% d’entre celles qui produisent pour l’industrie interviennent en sous-traitance de spécialité.

Chez Carbonex, on fabrique de l’électricité provenant de ressources renouvelables. Un atout qui a permis a l’entreprise de décrocher un contrat de 20 ans pour la société EDF. «C’est une solution qu’elle aurait pu développer mais qu’elle n’avait pas. Dans le cadre du Grenelle de l’environnement et dans une volonté de transition énergétique le gouvernement lui a imposé l’achat de notre produit», raconte Pierre Soler-My, copropriétaire de Carbonex.

Des règles à respecter

Pour leur santé, il est néanmoins de bon ton que les entreprises artisanales ne sous-traitent pas uniquement à un industriel. «En combinant plusieurs affaires avec divers clients, elles peuvent travailler toute l'année. Ce schéma en fait pour nous, donneurs d’ordre, des partenaires plus fiables car plus robustes, et réduit de fait la dépendance des PME aux grands comptes», analyse Albert Varenne.

Pour Martine Mauger, chef de l’entreprise HTI services spécialisée dans la conception et l’assemblage de flexibles haute technologie pour fluides et poudres industriels, il en va de même si l’on inverse les rôles. «Nous sommes dans un marché de niche très spécifique, mais nous ne sommes pas les seuls à avoir un savoir-faire.»

Elle décrypte: «Ce qui plaît aux industries c’est notre traçabilité, notre structuration et notre rigueur. On peut, de A à Z, assurer la construction des flexibles, réaliser les tests nécessaires et assurer le service après vente.» Une formule gagnante puisque des pontes de l’industrie comme Sanofi Adventis, Areva et L’Oréal lui font confiance.

Une question de fiabilité

Coéquipiers dans l’effort, les petites entreprises artisanales et les sociétés industrielles doivent mutuellement se faire confiance. Chez Airbus, elle est capitale car «lorsqu’un partenaire est sélectionné, nous allons entretenir une relation sur le long terme. L’avion A320 a 30 ans d’existence et encore une ou deux décennies devant lui en production. On est donc très vigilants sur le développement de nos prestataires», explique Albert Varenne. Indispensable, la collaboration entre petits et très grands n’est pas près de s’étioler.

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