La lutte contre le gaspillage rencontre la lutte contre la pauvreté

Rédaction 20 Minutes

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Alain Seugé, président de la Fédération française des Banques Alimentaires
Alain Seugé, président de la Fédération française des Banques Alimentaires — FFBA

RENCONTRE - Alain Saugé est le président de la Fédération française des Banques Alimentaires, qui distribue chaque année l’équivalent de plus de 200 millions de repas issus de produits sauvés de la destruction aux plus démunis…

Que représente votre fédération dans la lutte contre le gaspillage alimentaire ?

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Le concept des Banques Alimentaires, qui est né en 1967 aux Etats-Unis avant d’être transposé en France en 1984, est toujours le même. Il s’agit d’associer deux missions : la lutte contre le gaspillage alimentaire et la lutte contre la pauvreté. Chaque mois, nous fournissons 10 kg de denrées à 820.000 personnes en difficulté. La moitié de ces aliments auraient été jetés à la poubelle car approchant trop de leur date de péremption mais toujours consommables. Si ces produits avaient été vendues, ils auraient coûté la bagatelle de 300 millions d’euros, ce n’est pas rien…

Qui bénéficie de ces produits ?

En tout, près de 5000 associations ont signé une convention avec nous pour venir se fournir, en échange d’une participation de solidarité aux frais d’environ 3% de la valeur marchande des produits. Cela va de la Croix-Rouge française aux différents centres communaux d’action sociale. Il faut qu’ils soient capable d’assurer l’accueil et le soutien des personnes démunies (ils ne doivent pas se contenter de distribuer la nourriture), ainsi que de respecter les règles d’hygiène et de sécurité alimentaire (découpe, chaine du froid…) Cela nécessite une logistique puisque nous voulons pouvoir assurer la traçabilité de ces denrées. On touche quand même à la santé des gens…

Comment jugez-vous le niveau de conscience des Français en matière de gaspillage ?

Le message est en train de passer. Les gens sont sensibles à l’idée de faire en sorte que les produits alimentaires soient utilisés de manière optimale. Il reste du travail, mais on est sur la bonne voie…

Quels sont les problèmes auxquels vous êtes confrontés sur cette question ?

Nous sommes convaincus que bien plus de nourriture pourrait encore être récupérée. Mais il nous faut des moyens. Il y a une question de géographie, par exemple. Si on récupère 25 tonnes de choux fleurs à Quimper, dans une région où beaucoup de gens ont accès à ce produit, il nous faudrait être capable de les transporter à Nancy ou à Dijon, où il n’y en a pas. En septembre, à Avignon, il y a des fruits et légumes à ne savoir qu'en faire, il faudrait les moyens logistiques pour les acheminer en région parisienne ou lyonnaise par exemple. De la même façon, il faudrait avoir de quoi transformer les produits. On reçoit des tomates en grande quantité, mais elles se périment vite. Si l'on avait les machines adéquates, on pourrait les transformer en soupe ou en sauce afin de les conserver plus longtemps…

Propos recueillis par Alexandre Vartan