CRT Alpes du Sud

La montagne est bien partie pour regagner le cœur des Français cet hiver

GRAND AIR Après avoir été privés de pistes et de grand air l'an dernier, les Français sont  nombreux à prévoir des vacances à la montagne. Mais pas forcément pour profiter des pistes

Eugénie Calme
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On y va pour le ski, mais plus seulement. Les stations s'adaptent à la demande et proposent de plus en plus d'à-côtés aux visiteurs.
On y va pour le ski, mais plus seulement. Les stations s'adaptent à la demande et proposent de plus en plus d'à-côtés aux visiteurs. — borchee / Getty Images

« Aux premières chutes de neige, on ouvre », lance, dans les starting-blocks, Marc Isoard, directeur de la station de Chabanon-Selonnet, à 1612m d’altitude, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Lui prédit que « cet hiver, tout le monde aura envie de skier, et [que] beaucoup reviendront dès le premier week-end d’ouverture, même si le niveau d’enneigement et la météo seront deux éléments clé ». Après une saison 2020-2021 éteinte pour cause de fermeture des remontées mécaniques, les stations attendent de pied ferme le retour des skieurs habituels, qui rongent leur frein depuis deux ans, s’ils ne sont allés trouver de la poudreuse de l’autre côté des Alpes. Et l’arrivée des autres.

« Reconquérir les endroits où l’on respire »

Car le retour des pros de la glisse n’est pas la seule raison de l’optimisme des responsables de domaines skiables et des professionnels du tourisme en général : ces deux derniers étés, les grands comme les petits massifs ont connu un engouement inédit. Une tendance confirmée par Vincent Vlès, professeur émérite en aménagement touristique à l’université de Toulouse : « La montagne est un environnement de proximité, que l’on peut atteindre au terme de quelques heures de voiture, parfois moins. On n’est pas encore sorti de cette période où l’on cherche de l’air à la montagne comme à la campagne. »

Pour lui, il faut toutefois distinguer ce qui relève de nouvelles pratiques et s’installera durablement, de ce qui est conjoncturel, lié à la crise sanitaire et donc passager. « Cette crise a montré les limites du voyage longue distance, qui n’est pas écolo, poursuit le chercheur. Au moins, la montagne, et le court séjour de proximité, sont vertueux. Tout cela développe une envie de reconquérir ces endroits où l’on respire sans se sentir embêtés de contribuer au réchauffement climatique. »

De nouvelles pistes pour une nécessaire transition

A Montclar, station des Basses-Alpes, la fréquentation sur les remontées mécaniques a augmenté de 18 % en août dernier. « Notre meilleur chiffre estival », commente Lionel Haud, directeur général du domaine. Depuis quelques jours, il se « casse la tête sur les plannings de l’école de ski », dont les inscriptions enregistrent une hausse de 20 % par rapport à la moyenne des années précédentes. « On s’attend à une fréquentation importante cet hiver, et encore, tout le monde ne réserve pas à l’avance. » Selon lui, la station de Montclar accueillera une large part de nouveaux venus, sur les pistes et en dehors. « En général, durant les vacances de Noël, la moitié des vacanciers ne skie pas, mais vient profiter de l’atmosphère, de l’air pur. Ça se vérifiera d’autant plus cette année. »

Sur les sommets, le ski n’est plus roi comme avant. Randonnées en raquettes, luge, balades avec des chiens de traîneau, snowscoot (sorte de trottinette) ou yooner (kart des neiges) en hiver ; VTT, ski sur herbe, randos le reste de l’année : les stations de montagne multiplient les propositions à destination des non-skieurs et s’échinent à développer un tourisme quatre saisons. Passer sa semaine sur les pistes est-il dépassé ? « La station comme simple lieu de villégiature, sans prendre son forfait à la semaine mais en profitant des services qu’elle offre, surtout dans les massifs bien dotés, est de plus en plus répandu », confirme le chercheur Vincent Vrès, qui alerte toutefois : « La montagne a plutôt intérêt à se diversifier. Beaucoup de stations ont seulement vingt ou trente ans d’enneigement devant elles. Le Covid a permis de repenser l’offre, mais le réchauffement climatique, lui, sera irréversible. » La transition est en marche.