Robert Rodriguez, le maître du système D à Hollywood

Cinéma D’un film à 7 000 dollars à une superproduction, retour sur la carrière du réalisateur texan

Thierry Weber

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Le réalisateur texan Robert Rodriguez a signé des films à petit budget aussi bien que des superproductions.
Le réalisateur texan Robert Rodriguez a signé des films à petit budget aussi bien que des superproductions. — Anthony Harvey/Rex/Shutterstock/Sipa
  • Robert Rodriguez a réalisé «Alita: Battle Angel» qui sort au cinéma mercredi 13 février.
  • Les connaisseurs de Robert Rodriguez voient dans son travail une inventivité et un savoir-faire technologique lui permettant de dépasser ses moyens parfois limités.
  • Sa vision atypique l’a éloigné d’Hollywood, mais ses amitiés avec des grands du cinéma lui permettent de travailler sur de grosses productions.

Quand il a commencé, il n’avait rien. Aucun moyen, aucun budget, seulement l’envie de filmer et son talent. Aujourd’hui le Texan Robert Rodriguez signe Alita : Battle Angel, un blockbuster produit par James Cameron, qui a coûté la bagatelle de 200 millions de dollars et sera diffusée dans les salles obscures à partir du 13 février. Comment en est-il arrivé là ? Fans et experts décryptent pour « 20 Minutes » la carrière d’un homme avec une vision.

Son film le plus important ? « Cela va paraître étrange, répond Frederick Aldama, mais je dirais El Mariachi ». Si le professeur de l’université de l’Ohio auteur de l’ouvrage Le Cinéma de Robert Rodriguez, évoque ce long-métrage de 1991, son premier, ce n’est pas pour rien. « Il ne s’agit pas seulement d’un film de début de carrière. Dedans, vous voyez déjà sa touche personnelle, son sens de l’innovation. Il n’avait qu’un budget de 7 000 dollars, des acteurs non professionnels, une caméra empruntée et il a réalisé ce film remarquable tout en donnant l’impression d’avoir une douzaine de caméras différentes. »

Techniques novatrices

Selon le spécialiste, « il fait ça dans tous ses films. C’est aussi le cas dans Desperado[1995], où, avec 5 millions de dollars, il donne l’impression d’un film à 13 millions. » Cette qualité lui viendrait de son « savoir-faire technologique », lui permettant de dépasser la limitation de ses moyens. Le système D érigé en art, et le septième en prime. « Il utilise des techniques novatrices, emploie des aspects inhabituels dans ses films », décrit Marco Antonio Najera, fan du réalisateur.

Difficile de ne pas voir dans la description de ce dernier le film Sin City, qui est aussi le préféré du fan. Sorti en 2005, il a fini d’asseoir la réputation du cinéaste après que « Spy Kids l’a rendu visible aux yeux du grand public », comme le dit Frederick Aldama. Le visuel léché, le noir et blanc éclaboussé de sang jaune… Comment ne pas reconnaître une certaine inventivité au réalisateur avec cette adaptation du comics de Frank Miller ? Le cinéaste n’a décidément pas peur du mélange de genres.

Du milieu mais sans l’être

Il le prouve aussi avec Une Nuit en enfer, film de vampires sorti en 1996. « C’est avec ce film qu’il a attiré mon attention, affirme Marco Antonio Najera. Les films de vampire ne m’intéressaient pas particulièrement, mais j’ai aimé sa combinaison d’humour et de violence. » Cette inventivité à toute épreuve lui vaut la reconnaissance de ses pairs, à l’instar de Quentin Tarantino qu’il a même dirigé en 2007 dans Planète Terreur, ou plus récemment James Cameron. Cependant, son côté atypique a fait de lui un outsider.

« Il a décidé de s’éloigner d’Hollywood, rappelle Frederick Aldama. Il est parti de la guilde des réalisateurs après Sin City, explique le professeur. Il n’est plus vraiment du milieu, mais se retrouve à réaliser l’un des plus gros films de l’année », Alita : Battle Angel. Pour le chercheur, l’homme derrière la caméra aurait simplement la recette gagnante, « sa personnalité, son ingénuité, sa créativité, et un petit peu de chance ». Etre ami avec James Cameron doit aider aussi, mais on ne le devient pas par hasard.