Le transhumanisme au cinéma, un moyen de s’interroger sur son humanité

GRAND ECRAN Les héros biologiquement modifiés sont monnaie courante au cinéma, et souvent présentés à travers le même prisme

Thierry Weber

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L'héroïne d'«Alita: Battle Angel» est une cyborg mais reste particulièrement humaine, une constante à Hollywood.
L'héroïne d'«Alita: Battle Angel» est une cyborg mais reste particulièrement humaine, une constante à Hollywood. — Twentieth Century Fox
  • Alita, l’héroïne du film «Alita : Battle Angel» est une cyborg.
  • Héroïne augmentée, elle a pourtant une apparence humaine.
  • La thématique transhumaniste est très présente dans les œuvres de science-fiction.

Qu’est-ce que l’on retrouve dans presque tous les films de science-fiction ? Alors oui, de la science et de la fiction d’accord, mais bien souvent cela passe par un protagoniste au corps augmenté, souvent robotisé. Sauf que quand Hollywood parle d’augmentation, le sous-entendu est qu’il y a eu perte. La question, posée en filigrane, est la suivante : jusqu’à quel point peut-on rester humain lorsqu’on transforme son corps de la sorte ?

La question se pose alors que le film Alita : Battle Angel, réalisé par Robert Rodriguez et produit par James Cameron va sortir au cinéma le 13 février prochain. Adapté du manga Gunnm, le long-métrage mettra en scène les aventures d’Alita, une cyborg au corps robotisé mais au cerveau bien humain. La thématique transhumaniste est chère à James Cameron, il l’aborde dès Terminator, en 1984. « La machine devient presque indissociable de l’être humain. Elle peut pratiquement se comporter comme n’importe qui. A la fin, le Terminator dit "je sais maintenant pourquoi tu pleures. Mais c’est quelque chose que je ne pourrai jamais faire" », nuance David Fakrikian, journaliste chez Première et auteur de James Cameron, l’odyssée d’un cinéaste. La question est centrale.

Une morphologie humaine

Le spécialiste parle aussi du personnage de Jake Sully, militaire en situation de handicap, qui troque le fauteuil roulant pour un corps de géant bleu dans Avatar. Cette expérience transhumaniste (transcorporelle vraiment) sera ce qui lui permettra de replacer le curseur moral au bon endroit. « Les ennemis renient leur humanité en utilisant la machine, tandis que le héros est augmenté mais il reste la personne qu’il était », souligne David Fakrikian.

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Un avis que semble partager Marc Roux, porte-parole de l’Association française transhumaniste (AFT) Technoprog qui observe une vision symbolique du transhumanisme au cinéma. « La quasi-totalité des personnages conservent une morphologie humaine, même s’ils deviennent des cyborgs. Leurs corps, leurs facultés, leurs relations à la société peuvent être différentes, mais ils sont confrontés à la question de comment continuer à être humain malgré la modification biologique. » Selon lui il est donc important de dissocier les deux sens du mot « humain » : l’appartenance à l’espèce humaine, et la capacité à l’empathie, la compassion. Dépasser ou perdre l’un ne rend pas l’autre hors de portée.

Un ressort narratif pour montrer le dépassement de soi

Cette interrogation se retrouve aussi dans la filmographie de Robert Rodriguez. « L’intérêt porté à des personnages qui, dans le film, sont considérés comme moins qu’humains, est une thématique centrale dans son travail », considère Frederick Aldama, professeur à l’université de l’Ohio et auteur de l’ouvrage Le cinéma de Robert Rodriguez. « Ceux qui sont vus comme moins dignes sont montrés comme tout aussi importants que les autres. » Le professeur pense notamment au personnage de Cherry dans Planète Terreur, dont la jambe est amputée et remplacée par un fusil semi-automatique, et qui finit sauver la veuve et l’orphelin.

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« Vous voyez des infirmités, mais les personnages deviennent plus que leur handicap. » Les modifications biologiques prévues pour le compenser deviennent alors des ressorts narratifs qui montrent qu’il n’y a pas besoin de compensation justement. « Furiosa dans Mad Max : Fury road a perdu un bras et a une prothèse, mais quand elle l’enlève, elle fait le travail quand même », illustre Frederick Aldama. Car selon lui, la conclusion dressée par Hollywood est qu’« à travers des transformations d’eux-mêmes, les personnages deviennent plus qu’humains, mais surtout plus humains. » Des héros dans le cœur plutôt que dans la mécanique.