Comment comprendre l’univers de Yukito Kishiro, le papa de «Gunnm»

MANGA Retour sur une œuvre enrichie au fil de trois décennies de création

Thierry Weber

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Le manga «Gunnm» est un grand succès de librairie.
Le manga «Gunnm» est un grand succès de librairie. — Montage 20 Minutes/Yukito Kishiro/Glénat
  • «Gunnm» est une série manga parue entre 1990 et 1995 au Japon.
  • Dans son manga, Yukito Kishiro aborde la question du transhumanisme, et s’interroge sur les limites de l’humanité.
  • Le mangaka se sert de nombreuses références historiques, comme la Guerre froide, pour bâtir son univers dystopique.

Son héroïne a bientôt 30 ans. Depuis 1990, le mangaka Yukito Kishiro a eu le temps de dessiner plus de trente albums de Gunnm, narrant les aventures de son héroïne Gally, une cyborg dure à cuire, ou dépeignant la terre réduite à l’état de décharge géante au XXVIe siècle. Autant dire qu’il a eu le temps de particulièrement développer son univers.

« Yukito Kishiro est devenu célèbre avec Gunnm. S’il faut rentrer dans son œuvre c’est vraiment par cet univers », estime Satoko Inaba, directrice éditoriale manga chez Glénat, qui publie Gunnm en France. Il a bien signé le manga Ashman, dont l’histoire se déroule dans le même univers, ou la série Aqua knight, mais il a fini par l’abandonner pour se consacrer à son œuvre principale. Seulement voilà, dans sa version originale, les aventures de Gally la cyborg comptent trois arcs de plusieurs volumes, un recueil d’histoires courtes, ainsi qu’un « one shot », comme on dit dans le milieu des mangas pour désigner un album dont la trame se résout en un seul volume. La maison Gunnm a plus d’une porte d’entrée.

Transhumanisme et références historiques

« La première série est peut-être un peu plus cohérente, centrée sur un seul univers », simplifie Satoko Inaba. Parmi les thèmes abordés dans cet arc, on trouve le motorball, un sport ultraviolent qui fait la pluie et le beau temps dans la décharge et que l’on retrouve dans Ashman. Cela permet à Yukito Kishiro d’évoquer la question du « dopage et des dérives scientifiques. Un personnage va jusqu’à se faire modifier le cerveau », illustre Gauthier Lemaire, administrateur du forum Gunnm and dream. Selon Satoko Inaba, la thématique transhumaniste « est présente dans l’ensemble de Gunnm. Gally est à moitié robot, à moitié humaine. Jusqu’où peut-on appeler un humain un humain à partir du moment où le corps devient mécanique ? ».

Dans la suite, intitulée « Gunnm last order », Kishiro livre une œuvre plus hétéroclite. « Il se concentre beaucoup plus sur les personnages secondaires », évoque Gauthier Lemaire. « Il y a plusieurs ambiances différentes dans cette série, poursuit la directrice éditoriale manga de Glénat. Il s’est autorisé des digressions à mesure qu’il avait de nouveaux centres d’intérêt. » Le changement de décors lui a permis d’enrichir son univers, et de multiplier les références et les sources d’inspiration.

Symboliques religieuses

« La mythologie gréco-romaine est très présente. L’adoration des Martiens pour le combat est calquée sur le culte de Mars, le dieu romain de la guerre », évoque Jean-Baptiste Bessière, créateur du forum Gunnm and dream, avant de dresser une nouvelle comparaison. « Dans Last order, une sorte de Guerre froide qui ressemble beaucoup à celle entre la Russie et les Etats-Unis oppose Jupiter et Venus. »

S’ajoutent à cela des références culturelles variées. « La thématique religieuse est très présente dès la première série, souligne par exemple Jean-Baptiste Bessière. [ATTENTION, SPOILERS] Dès la fin du premier arc, Gally se sacrifie et revient à la vie. » Pas de panique, elle est bien présente dans le troisième arc, Mars chronicles, qui raconte la suite de Last order et explore les origines de l’héroïne cyborg. Bonne nouvelle pour les fans comme pour ceux qui découvriraient le travail du mangaka, ce dernier arc n’est pas encore terminé.