James Cameron et Robert Rodriguez, des cinéastes féministes?

Engagement Les deux cinéastes, réunis pour le film «Alita: Battle Angel», ont souvent offert les premiers rôles de leurs films à des femmes

Thierry Weber
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Les deux cinéastes James Cameron et Robert Rodriguez.
Les deux cinéastes James Cameron et Robert Rodriguez. — Montage 20 Minutes/AD Media/ Sipa; Fmbwenn.com/Sipa
  • James Cameron et Robert Rodriguez adaptent au cinéma le manga «Gunnm» dont le personnage principal est une femme, Alita.
  • «Terminator», «Titanic»... James Cameron aime avoir des héroïnes dans ses films.
  • Dans un genre beaucoup plus badass, Robert Rodriguez donne aussi le pouvoir aux femmes.

Quel est le point commun entre une femme qui fait fi des conventions sociales pour vivre sa liberté sexuelle en 1912, et une go-go danceuse qui perd sa jambe et la remplace par un fusil semi-automatique ? Que ce soit Rose dans Titanic de James Cameron ou Cherry dans Planète terreur réalisé par Robert Rodriguez, ces personnages peuvent être considérés comme des héroïnes féministes. Les deux cinéastes ont collaboré sur le film Alita : Battle Angel, qui doit sortir le 13 février prochain et met en scène une autre icône badass. Ces pros de la caméra seraient-ils féministes ?

Pas évident de prime abord. On se souvient de Paris Match titrant « Délivrez-nous du mâle » au sujet de Sin city : j’ai tué pour elle, coréalisé par Robert Rodriguez. Yannick Vely, l’auteur de la critique, était même allé jusqu’à écrire « nous tenons certainement le film le plus machiste de l’année » 2014. Alors Robert Rodriguez, féministe incompris ?

Des femmes guerrières

C’est en tout cas l’avis de Frederick Aldama, professeur à l’université de l’Ohio (Etats-Unis), et auteur du livre Le Cinéma de Robert Rodriguez. Il donne l’exemple de Cherry, dans Planète terreur, incarnée par Rose McGowan. « Elle perd sa jambe à partir du genou, mais la remplace par un semi-automatique et devient une héroïne du peuple. Une femme qui mène la charge, cela donne le ton de tout le film », estime le chercheur. « Dans Machete, Michelle Rodriguez incarne elle aussi une guerrière. Il a des femmes aux rôles importants. La même chose peut se dire au sujet des prostituées dans Sin City. Elles protègent la ville, elles sont des combattantes en vérité. »

Alors pourquoi cette réception critique ? « Robert Rodriguez établit un contrat avec l’audience lors des cinq premières minutes d’un film. Si le public n’adhère pas, c’est son problème », assène le chercheur. Des héroïnes très sexualisées et dévêtues, ce n’est pas au goût de tout le monde. « Mais je n’accuserais jamais Robert Rodriguez d’être misogyne », assure le professeur.

Faire avancer l’image de la femme

Dans le cas du film Alita : Battle angel, la question fera moins débat, puisque le personnage d’Alita, une cyborg adolescente guerrière, est beaucoup moins sexualisée que les précédentes héroïnes de Rodriguez. Peut-être l’influence de James Cameron, producteur du film et au regard féministe plus évident ? Car pour David Fakrikian, journaliste cinéma chez Première et auteur du livre James Cameron, l’odyssée d’un cinéaste, « une fois que sa carrière sera finie, les gens se diront que grâce à Cameron, le regard sur les femmes a changé. Il montre des personnages féminins forts. C’est un pur féministe. »

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Il n’y a qu’à voir Terminator. « Il s’oriente vers un personnage principal féminin avec Sarah Connor qui survit à la fin. Il fallait le faire à l’époque », en 1984. Dans Avatar, Neytiri, campée par Zoe Saldana, est « celle qui tue le méchant », rappelle David Fakrikian. D’après le spécialiste, James Cameron « n’a pas fini d’explorer la psyché féminine. C’est même l’une de ses marques de fabrique ». Pour lui, cela découle de la relation que le réalisateur avait avec sa mère. « Elle était une artiste et a eu une énorme influence sur lui. C’était une femme très forte, qu’il a prise comme modèle. » Visiblement il l’a suivi jusqu’au bout.