ENVIRONNEMENT - La gestion des déchets domestiques devient vraiment problématique au Sénégal, encore plus dans les régions rurales. Au point de préoccuper les associations présentes sur place, tant pour l'environnement que pour la santé de la population.

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«Sénégal propre. Nous demandons des poubelles dans les rues.» Sur les murs des voies routières de Dakar, des revendications claires. Ces tags en faveur du développement durable alertent sur le besoin d’éradiquer le problème de l’insalubrité au Sénégal. Un enjeu primordial pour le pays mais un but difficile à atteindre.

«C’est un désastre environnemental», constate Edouard François Ndong, coordonnateur de l’équipe développement urbain du Secours catholique-Caritas France dans la région de Kaolack. Face à nous, l’entrée de la ville ressemble à un dépotoir. Le sol est jonché de déchets, plastiques pour la majorité. Ils ruinent non seulement le paysage, mais aussi les conditions sanitaires dans lesquelles vivent les Sénégalais.

«L’état ne se préoccupe que de Dakar et laisse les autres villes du pays livrées à elles-mêmes», poursuit-il. Dans les campagnes, le phénomène est tel que «sans l’aide d’organisations comme Caritas, les communes n’ont pas les moyens, ni ne savent comment s’y prendre», explique Aliou Kebe, maire de Keur Madiabel.

>>>Notre reportage vidéo à Kaolack: "Le traitement des déchets, une nouveauté pour nombre de Sénégalais" 

 

Gérer les déchets, «avant c'était un vrai casse-tête»

«Nous avons créé une décharge début janvier. C’est le premier pas d’un projet à long terme qui a pour l’instant permis de créer dix emplois: un gardien et neuf charretiers», explique Eladji Babouthiam, président du cadre communal des acteurs non étatiques de Keur Madiabel. «Avant j’étais agriculteur, je travaillais aux champs pour les propriétaires des terres. On m’a proposé ce travail de charretier parce que j’ai une bonne relation avec les ménages de mon quartier», confie Samba Faye (cf. photo).

En effet, la ville a élaboré un service de ramassage des ordures auquel 80% des habitants se sont abonnés. «Je paye chaque mois 700 francs CFA (1€). On m’a fourni une poubelle que je dois remplir. Je ne m’occupe de rien d’autre alors qu’avant, gérer les déchets était un vrai casse-tête. C’est une dynamique qui m’a permis d’être plus propre et de prendre conscience que ma santé en dépendait», explique Djeumb Gning, bénéficiaire du programme.

Deux fois par semaine, une charrette tirée par un âne vient donc collecter ses ordures avant de les acheminer vers la décharge. Un procédé archaïque pour nous autres occidentaux, mais adapté à la composition géographique des agglomérations sénégalaises ne permettant pas forcément d’opérer avec des camions.

Valoriser les ordures

«Il ne s’agit pas seulement de stocker les déchets, mais également de les éliminer et de les valoriser, notamment au travers du recyclage», ajoute Edouard François Ndong. Ainsi, à Kaolack, un projet de centre d’enfouissement est en cours et un établissement dédié au recyclage plastique a vu le jour. Les déchets sont triés par catégorie: polypropylène, polyéthylène puis les glacières et les chaises d’un autre côté.

Les matières sont découpées, broyées, tamisées puis lavées, avant d’être stockées par couleur et par type dans des sacs de 35kg. Ces derniers sont vendus (40 francs CFA du kilo, soit 0,06 centimes d’euro)  à une société qui se chargera de la fonte et de la réutilisation des plastiques.Quant aux sachets, ils sont également recyclés si leur qualité le permet. Transformés en bobines de fil, ils sont ensuite tissés pour réaliser divers objets comme des tapis.

Une initiative encourageante, mais malheureusement vaine s’il n’y avait pas de programmes de sensibilisation des populations sur la protection de l’environnement et la propreté. «Nous aidons les organisations de société civile (GIE), les groupements de femmes et les associations communales. C’est un travail d’accompagnement et de proximité au travers de réunions, ou d’interventions dans les écoles», conclut Marcel Sagna, animateur de l’équipe Caritas Kaolack en charge du développement urbain.

Petunia James

>>> Retrouvez l'intégralité de notre dossier "En mission au Sénégal avec le Secours catholique-Caritas France"