Du polar à l'opéra : la carrière hors-norme de James Gray

Cinéma Avec « Ad Astra », qui sortira le 18 septembre, le réalisateur James Gray signe son septième long-métrage

Charlotte Langlais

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James Gray en 2017, à l'avant-première de « The Lost City of Z ».
James Gray en 2017, à l'avant-première de « The Lost City of Z ». — WENN
  • « Ad Astra » est le septième film du réalisateur James Gray.
  • Sa filmograpie mèle drame, polar, science-fiction et film historique.
  • Il mettra en scène un opéra à Paris en novembre.

« A une époque, il fallait attendre six ou sept ans pour voir un nouveau James Gray », se souvient Frédéric Foubert, journaliste cinéma chez Première. Mais ça, c’était avant. Il n’aura fallu que deux ans et demi pour revoir le nom du cinéaste américain dans un générique. Son septième long-métrage, Ad Astra, sort le 18 septembre. Une nouvelle pierre à l’édifice d’une carrière aussi singulière que compliquée. « James Gray est plus apprécié en France que dans son propre pays. Il est entre deux mondes », constate le critique. Il a su se faire un nom à Hollywood tout en développant une œuvre éminemment personnelle.

Issu d’une famille juive d’origine russe, James Gray a grandi dans le Queens, à New York. Il n’a que 25 ans quand il sort son premier long-métrage, Little Odessa (1994). « C’est celui qui a lancé sa carrière », considère Jordan Mintzer, critique cinéma pour le Hollywood reporter et auteur de Conversations avec James Gray (Synecdoche, 2011). Ce film noir repart avec le Lion d’argent à la Mostra de Venise.

Plus ambitieux, The Yards (2000), polar familial sur fond de mafia, a été produit par le studio Miramax et les frères Weinstein. La production fut compliquée à monter : « Il a connu pas mal de problèmes avec son producteur », relate Jordan Mintzer. Boudé à Cannes et dans les salles, « c’est un gros échec pour lui ».

Succès en France

Sept ans plus tard La nuit nous appartient (2007) se porte mieux commercialement, mais les sifflets se sont fait entendre à Cannes. « Dans l’après-Pulp Fiction, c’était une œuvre complètement à contre-courant, mélodramatique, raconte Jordan Mintzer. Les critiques disaient de Gray qu’il était coincé dans le passé, pas assez moderne. » Qu’à cela ne tienne. Le cinéaste s’essaie au drame romantique et retourne à Brighton Beach, le décor de Little Odessa, pour Two Lovers (2008), avec à la clé un beau succès en France, avec presque 750.000 entrées.

Puis sonne l’heure du changement. En 2013, sort The Immigrant. « Il y a eu une espèce de départ où il a laissé le New York de son enfance pour s’attaquer à autre chose », développe Jordan Mintzer. Sur fond d’immigration et de prostitution, le mélodrame explore le New York des années 1920. En 2017, il continue son expérimentation historique avec The Lost City of Z.

De la science-fiction à l’opéra

James Gray revient la tête dans les étoiles avec Ad Astra, la production la plus chère de sa carrière. Pas question cependant de tomber dans le blockbuster : « C’est un film très mélancolique, peu spectaculaire et abstrait », commente Frédéric Foubert. « Il utilise encore une fois le genre, ici la SF, pour parler des thèmes qui l’intéressent, comme la famille », analyse de son côté Jordan Mintzer.

Prochaine étape : l’opéra. Le réalisateur va mettre en scène Les Noces de Figaro pour le théâtre des Champs-Elysées, en novembre. Une trajectoire logique pour Jordan Mintzer : « C’est un fou d’opéra et cela compte beaucoup dans son travail. Certains ont pu trouver cela ridicule, mais, à présent, les gens commencent à comprendre que c’est quelque chose de très beau cette idée de montrer frontalement les émotions, sans ironie. » Plus que quelques semaines à patienter.