Quand Brad Pitt produit des « blockbusters indépendants »

CINEMA Dans sa carrière d’acteur comme dans celle de producteur, la star américaine crée la surprise

Mireille Fournaise

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Au cinéma, Brad Pitt joue un rôle devant et derrière la caméra.
Au cinéma, Brad Pitt joue un rôle devant et derrière la caméra. — Insidefoto/Sipa USA/SIPA

Il n’a pas que de beaux yeux. En plus d’être acteur, Brad Pitt exerce aussi en parallèle le métier de producteur. Une flèche à son arc beaucoup moins connue du grand public, et pourtant… « En 2002, le succès du film Ocean's Eleven lui a permis d’asseoir sa notoriété et de lancer sa société de production », raconte Maximilien Pierrette, journaliste cinéma et série à Allociné.

Depuis, sa boîte a produit une vingtaine de films et de séries. Pour la majeure partie, des succès auprès du public, comme World war Z avec ses 540 millions de dollars de recettes mondiales, mais aussi auprès des critiques. « Moonlight et Twelve Years a slave ont tous les deux reçus l’Oscar du meilleur film, cite Thomas Deseur, animateur du podcast Parlons péloches. D’autres acteurs de Hollywood se sont aussi lancés dans la production, mais il est l’un des plus notables. »

« Comme pour ses rôles, il fait des choix judicieux et surprenants »

Si Brad Pitt se distingue, c’est par ses choix de films et ses prises de position. « Il a commencé à produire des films au moment où sa carrière d’acteur a pris un tournant, analyse Maximilien Pierrette. En 2006, il joue dans Babel, un film dans lequel on ne fait pas seulement appel à son physique mais surtout à son jeu d’acteur. A partir de là, il va avoir envie de prendre des risques. »

« Comme pour ses rôles, il fait des choix judicieux et surprenants. Il produit des films à potentiel, dirigés par des réalisateurs avec qui il a travaillé et qu’il a appréciés. Il n’est pas dans la recherche de la sûreté, mais dans l’artistique », complète Thomas Deseur. Dans son palmarès on trouvera aussi bien The Tree of life, une épopée sur l’origine du monde croisée à l’histoire d’un jeune garçon né dans les années 1950, que Le Stratège, l’histoire vraie d’un ancien joueur de base-ball devenue dirigeant d’une équipe avec laquelle il va révolutionner la pratique du sport.

« Il existe ce qu’on appelle la black list de Hollywood »

Un large éventail de genre avec toujours cette volonté de pousser des films à la fois aimés du grand public et salués par la critique. « Il veut s’éloigner des blockbusters classiques. C’est presque un contresens, mais on pourrait dire qu’il fait du blockbuster indépendant ! » résume Thomas Deseur. Ce parti pris influe et bouscule le cinéma américain. « En ce moment à Hollywood, la plupart des blockbusters sont des films de superhéros ou des nouvelles versions live action d’anciens Disney, constate l’expert d’Allociné. Les studios sont tellement frileux et ont peur de ne pas rentrer dans leur budget, qu’ils se renferment sur eux-mêmes. Résultat, il y a beaucoup de projets dans les limbes de Hollywood qui attendent d’être produits. »

« Il existe ce qu’on appelle la black list de Hollywood. Cette liste noire recense les scénarios encore jamais produits mais considérés comme à fort potentiel, explique Thomas Deseur. Dedans, vous n’avez pas la suite de “Star Wars”, mais surtout des thèmes qui ne sont pas forcément évidents, qui demandent du travail. Et les films ne sont pas sûrs d’avoir un énorme succès. C’est le genre de scénarios qui intéressent Brad Pitt. » Il en a d’ailleurs produit plusieurs comme Un cœur invaincu, World War Z ou encore Selma.

« Un gros nom qui se positionne et produit un film, rassure les studios »

Et si c’est Brad qui produit, tout le monde se plie. Cela n’influe pas sur le succès en salle du film, car le nom de l’acteur n’apparaît pas, seulement celui de sa boîte : Plan B. « En revanche, cela peut tout débloquer, assure Maximilien Pierrette. Un gros nom qui se positionne et produit un film, ça rassure les studios. Cela ne change rien au projet, mais c’est comme une sorte de validation. Le fait qu’il joue dedans peut aussi aider. Twelve Years a slave aborde l’esclavagisme. Le sujet fut compliqué à vendre à l’époque, car il met les Etats-Unis en face d’un côté peu reluisant de leur histoire. Brad Pitt n’y a qu’un tout petit rôle et n’apparaît que cinq minutes, mais lors de la promotion du film, son nom a été mis en avant. »

Parmi ses futurs projets de films : Blonde, Irresistible ou encore Le Roi. Prochaine production en salle : Ad Astra, un film de science-fiction réalisé par James Gray, spécialiste du drame. Quand on disait qu’il était surprenant…