Prise de risque et radiologues bien lourdauds au programme du « Pacte »

série Retrouvez les épisodes de la semaine du feuilleton littéraire Le Pacte, à lire dans chaque numéro de « 20 Minutes »…

Emily Chain et Anaël Verdier (Rocambole)
— 
Getty

Dans chaque exemplaire de 20 Minutes, vous retrouvez désormais un feuilleton écrit par la team Rocambole. Rocambole, c’est l’app (Android, iOS) sur laquelle vous êtes déjà plus de 60.000 à aimer lire tous les jours ! Elle propose des histoires 100 % exclusives, en épisodes de 5 minutes, sur votre smartphone.

Dans « Le Pacte », écrit par Emily Chain et Anaël Verdier, quatre amis se font la promesse de tout faire pour réaliser leur rêve. Si vous avez raté le début, rendez-vous sur notre site ou téléchargez l’app Rocambole ! Voici les épisodes de la semaine du 15 octobre pour celles et ceux qui les ont ratés…

Épisode 34 – Encore un matin…

Mélanie est penchée au-dessus de la photocopieuse, râlant sur l’inefficacité de la machine. Antoine, de retour à sa mission au cabinet médical, l’observe, amusé. Il n’a jamais été aussi content de reprendre le travail qu’après son week-end à la mer un peu glacial. Sauf que sa bonne humeur n’est pas contagieuse et que sa collègue risque de réduire en miettes l’appareil.

– Tu veux de l’aide ?

Alors qu’Antoine propose son assistance, l’un des radiologues, assis comme un pacha, lui intime de rester à sa place.

– Laisse faire les femmes, elles sont plus douées pour ce genre de choses.

Antoine fronce les sourcils. Il côtoie rarement les médecins dans ce genre de missions. En général, ils ne daignent pas lui adresser la parole, mais son statut d’homme doit lui offrir aujourd’hui quelque passe-droit. Il n’est cependant pas du tout adepte de ce genre de fraternité.

– Mélanie, tu es sûre que…

Le deuxième radiologue, accoudé au comptoir, le toise :

– Laisse-la faire !

Antoine plisse les yeux et observe alors le manège qui se joue devant lui. Les hommes contemplent le postérieur de la jeune femme sans penser un instant à l’aider. La mâchoire serrée, Antoine se lève et la pousse pour prendre sa place, bombant comme il se doit son arrière-train.

– J’espère que la vue vous plait !

Mélanie le regarde, étonnée mais soulagée. Il est difficile de s’imposer dans une entreprise sans craindre des représailles, c’est pour cette raison qu’Antoine aime tant l’intérim : il n’a pas à courber l’échine, juste à soulever son popotin et être lui-même.


Episode 35 - Louise doute

Louise a ses moments de doute – même si elle ne les admettra jamais publiquement, même si elle se revendiquera toujours de l’école du you can do it. Cette semaine, la confiance n’est pas au rendez-vous, ni en elle ni en ses projets. Elle accumule les refus, ses ventes de livres stagnent. Elle n’arrive à écouler ses titres qu’au compte-goutte, et encore, seulement au terme d’efforts qui bouffent toutes ses marges.

– Ça ne marche pas, confie-t-elle à Aymeric en froissant ses rapports hebdomadaires dans son poing.

Elle a voulu croire au conseil : « Suis ta passion, et la réussite te sourira ». On oublie de préciser le temps qu’il faut pour que le sourire apparaisse. Louise n’a pas la patience. Elle a besoin de prouver à ses parents qu’elle est capable de faire aussi bien qu’eux, qu’elle aussi, elle peut créer une entreprise et la revendre pour un chèque à six zéros. Ce ne sera jamais le cas de sa petite maison d’édition, peu importe l’intensité de la passion qu’elle lui insuffle. Elle le sait déjà.

– Laisse-toi le temps, suggère Aymeric en lui caressant les épaules. Viens, tu as besoin d’une pause.

Il l’entraîne vers le canapé, elle se laisse conduire tout comme elle le laisse soulever ses jambes avec douceur pour les poser sur ses cuisses et lui masser les pieds.

– Je ne fais que ça, me laisser le temps, mais en attendant je dilapide mon énergie. Je n’ai pas besoin d’un hobby, je veux créer quelque chose de grand, qui réussisse au-delà de mes rêves les plus fous !

Episode 36 – Aider ses amis, c’est s’aider soi-même

Comme si elle avait besoin de se rappeler à elle-même ses principes de réussite, Louise s’est mis en tête de coacher Antoine dans sa vie professionnelle. Elle n’en peut plus de le voir papillonner, aller d’une mission à l’autre sans se poser vraiment. Son ami a un tel potentiel qu’elle ne supporte pas de le voir passer ainsi à côté de sa vie.

– Ce n’est pas compliqué de faire un business plan, explique-t-elle, tu définis une mission, tu budgettes tes besoins en fonction de tes frais, tu décides d’une stratégie pour faire entrer des revenus, et BAM ! Tu as un plan d’action. Tu te sens plutôt à l’aise avec le risque ?

Antoine la fixe comme si elle parlait coréen.

– Ben, je sais pas, j’ai fait du parapente une fois mais sinon, je suis plutôt prudent.

Louise rigole comme si elle avait entendu une bonne blague, mais l’air déconfit d’Antoine la coupe net dans son éclat de rire.

– Je parlais de risque financier, précise-t-elle.

– Oh ! Alors non, pour le coup, pas trop.

– D’accord, alors le secret sera de gonfler ton estimation des frais. Tu rajoutes 20 ou 30 % à ce que tu penses devoir payer pour être en activité, et tu te bases sur tes projections de revenus les plus basses. Tant que tes chiffres ne s’équilibrent pas, continue à réfléchir à des stratégies.

Le regard d’Antoine est devenu vitreux dès les premiers mots. Louise décide d’y aller à pas de fourmi :

– Écoute, concentre-toi sur ta mission de vie et comment ton business va la soutenir. On verra les chiffres ensemble, ok ?

Antoine lui renvoie un regard vide. Louise soupire :

– Eh bah, on part de loin…