Les femmes, grandes perdantes dans l’accès aux soins

INÉGALITÉS Une récente étude démontre que pour une grande majorité de femmes, leur santé passe après celle des autres

Lise Garnier
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Parmi les constats forts de l'Observatoire de la santé des femmes : 81% des femmes se préoccupent de la santé de leurs proches avant la leur et sont 77% à repousser le moment de consulter.
Parmi les constats forts de l'Observatoire de la santé des femmes : 81% des femmes se préoccupent de la santé de leurs proches avant la leur et sont 77% à repousser le moment de consulter. — izusek / Getty Images
  • Selon la Haute autorité de santé (HAS) et le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), la santé des femmes se heurte à un problème sanitaire et social majeur.
  • 200 femmes meurent chaque jour d’une maladie cardiovasculaire en France
  • Une étude menée par Elabe pour l’association AXA Prévention montre à quel point la santé des femmes, en particulier les soins gynécologiques et la surveillance du cœur, passe au second plan

On l’ignore souvent, pourtant les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité des femmes. « Elles tuent chaque jour 200 d’entre elles, soit huit fois plus que le cancer du sein », affirme Eric Lemaire, président de l’association AXA Prévention. Or, les femmes n’en savent rien. C’est ce que révèle une étude Elabe pour AXA Prévention : 42 % des femmes ne surveillent pas leur cœur et 80 % méconnaissent même les signes de l’infarctus féminin alors qu’il s’agit d’une urgence vitale.

En effet, chez les femmes, l’infarctus ne se manifeste pas toujours comme chez les hommes. « Il peut s’agir d’essoufflements, de fatigue à l’effort, d’une sensation d’oppression. Souvent, ces signes apparaissent ensemble. Une arrivée et un départ soudain des douleurs doivent aussi alerter », explique la professeure Claire Mounier-Véhier, cardiologue, cheffe du service de médecine vasculaire et d’hypertension de l’Institut Cœur-Poumon du CHU de Lille et cofondatrice d’Agir pour le Cœur des Femmes.

La santé des autres avant la sienne

A ces chiffres s’en ajoutent d’autres : l’étude démontre que 81 % des femmes se préoccupent de la santé de leurs proches avant la leur. On note par exemple que pour 70 % des femmes, être en bonne santé signifie ne pas être malade, contre 62 % des hommes. « Pour elles, être en bonne santé ne veut pas dire être dans un état de complet bien-être comme le définit l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais pouvoir s’occuper de leurs proches et aller au travail. Cela montre une disposition d’esprit assez particulière », commente Eric Lemaire.

L’étude révèle aussi que seulement la moitié des femmes effectuent un suivi gynécologique régulier. 85 % d’entre elles expliquent aussi d’abord essayer de se soigner seules (contre 71 % des hommes). La grande majorité des femmes (77 %) a d’ailleurs tendance à repousser le moment de consulter. Par contre, lorsqu’il s’agit de la santé de leurs compagnons et surtout de leur enfant, elles se tournent beaucoup plus facilement vers le système de santé : 71 % affirment qu’elles ne manqueraient jamais un rendez-vous médical pour un proche. Et pour cause, les deux tiers des femmes assurent seules cette tâche, contre seulement 5 % des hommes.

Une société qui a normalisé la douleur des femmes

« Les femmes font passer leur santé au second plan. Du coup, leur suivi médical est un peu en pointillé. L’autre raison qui explique ces chiffres est qu’on a toujours dit aux femmes qu’avoir mal est normal, comme pendant les règles. Une sorte de résilience se met alors en place vis-à-vis de la douleur », analyse le président de l’association AXA Prévention. Pour lui, il faut revoir notre mode de fonctionnement : « En France on est plus axé sur le soin que sur la prévention. »

Et puis, les femmes sont aussi plus nombreuses à vivre sous le seuil de pauvreté que les hommes : « La priorité pour elles est alors de protéger ceux dont elles s’occupent. » Elles subissent donc une double peine en rencontrant des difficultés d’accès aux soins tout en étant plus susceptibles d’être victimes de surpoids et de stress à cause notamment d’une mauvaise alimentation.

Un « bus du cœur » sillonne la France

Malgré ce constat dramatique, « l’infarctus féminin peut être évité dans huit cas sur dix », rappelle la cardiologue Claire Mounier-Véhier. C’est pourquoi le fonds de dotation « Agir pour le Cœur des femmes » entend, avec le soutien d’AXA Prévention, alerter les femmes sur les maladies cardiovasculaires grâce à une campagne d’information et de dépistage.

Un « bus du cœur », destiné particulièrement à des publics défavorisés, se rend cette année dans cinq villes de France, avant d’en ajouter d’autres au programme des années suivantes. « Nous offrons un autotensiomètre à chaque femme dépistée. C’est un projet médico-social », précise la professeure Claire Mounier-Véhier. Le but de l’opération est aussi de réintégrer les femmes dans un parcours de soins et de rappeler les « trois étapes clés de la vie pour lesquelles il faut un suivi médical : la contraception, la grossesse et la ménopause », ajoute-t-elle.

En plus de cette campagne, une autre lueur d’espoir apparaît : « Les étudiants sont désormais formés à la médecine genrée », ce qui devrait considérablement améliorer la prise en charge des femmes et éviter les mauvais diagnostics.