Et si les solutions du monde de demain venaient du grand public ?

SCIENCE Au Turfu festival, du 11 au 16 octobre à Caen, les citoyens construisent le monde de demain

Emilie Cochaud-Kaminski
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Le Turfu Festival invite le public « à interroger, explorer, éclairer et concevoir le monde de demain ».
Le Turfu Festival invite le public « à interroger, explorer, éclairer et concevoir le monde de demain ». — simonapilolla / Getty Images

Reprendre le futur en main. Rien que ça. C’est le pari du Turfu festival, un brainstorming géant qui a réuni 1.300 participants en 2020. Cette année, ce rendez-vous de l’innovation participative (dont 20 Minutes est partenaire) se tient au Dôme de Caen du 11 au 16 octobre 2021. L’objectif : faire collaborer scientifiques, artistes, entreprises et grand public pour bâtir, ensemble, un avenir plus désirable. « A plusieurs, on a plus de chances d’aller dans le bon sens », claironne François Millet, coorganisateur du festival. Dans ce laboratoire du monde d’après, la population participe à des programmes de recherche sur l’intelligence artificielle, la transition écologique, l’alimentation, le handicap…

« Depuis une dizaine d’années, on assiste à une multiplication des projets collectifs qui reposent sur des valeurs d’engagement, d’inclusion et de respect du vivant », constate Loïc Blondiaux, professeur de science politique à Paris I, coauteur du Tournant délibératif de la démocratie. « Tiers-lieux », chantiers participatifs, ZAD… Les revendications sont plus ou moins radicales, mais toutes ces structures ont un point commun : l’action. « On change la posture du public, illustre François Millet. Le public ne vient pas simplement voir, écouter ou apprendre. C’est un lieu où il vient “faire”, c’est-à-dire imaginer, concevoir, fabriquer, tester… »

Faire émerger des solutions locales

Concrètement, les ateliers du Turfu sur l’utilisation de l’hydrogène ont ainsi contribué à la naissance de Léon, un robot flottant qui traque les déchets dans le port de Caen. Cette année, les participants devront, entre autres, plancher sur les défis environnementaux qui menacent le littoral normand. Comment limiter la montée des eaux à Cherbourg et à Ouistreham ? Comment les pêcheurs et éleveurs d’huîtres devront-ils s’adapter au risque d’ensablement dans la baie des Veys ? En créant un pont entre grand public et chercheurs, il s’agit de « remettre les savoirs scientifiques à la portée de tous, de permettre aux citoyens de se les approprier et de les utiliser, en définissant par exemple des scénarios d’avenir », explique Rudy Amand, sociologue et porteur du projet sur la baie des Veys.

« Ce qui caractérise les initiatives participatives aujourd’hui, c’est leur caractère local, le sentiment qu’il est devenu extrêmement compliqué d’agir à l’échelle nationale, analyse Loïc Blondiaux. L’idée est donc de transformer le monde là où l’on vit, avec une chance d’efficacité. » Pour donner plus d’ampleur à ces mouvements, les relais politiques sont encore insuffisants, regrette le politologue. Le défi est d’amener les institutions à « accepter l’idée que les citoyens ne sont pas seulement des gens à convaincre, mais qu’ils sont aussi porteurs de connaissances, et qu’ils sont capables de définir des trajectoires de transition énergétique et écologique », appuie Rudy Amand.

Renforcer le pouvoir d’agir

En attendant de trouver une caisse de résonance plus large, les projets participatifs sont moteurs d’émancipation individuelle, rappelle le sociologue : « La production de la connaissance n’a pas qu’une visée scientifique, elle vise aussi à renforcer le pouvoir d’agir des participants. »

Un pouvoir d’agir que l’on retrouve jusque dans l’affiche du Turfu festival 2021. Imaginée par le dessinateur Merwan, elle donne à voir un avenir résolument joyeux. Une fourmilière, dans laquelle chacun s’active, à sa façon, pour refaire le monde. Une jeune femme sème des graines au vent. Un rémouleur invite à réparer nos objets plutôt que d’en racheter. La ville et la nature semblent en symbiose. Et l’éco-anxiété, elle, s’est envolée.