Covid affectif pour les héros du « Pacte », le feuilleton de Rocambole

SERIE Retrouvez les épisodes de la semaine du feuilleton littéraire Le Pacte, à lire dans chaque numéro de «20 Minutes»...

Emily Chain et Anaël Verdier (Rocambole)
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Antoine se décompose. Il n’avait pas prévu de faire la fête la plus réussie mais n’imaginer personne pour lui souhaiter une bonne continuation est dur à avaler.  
Antoine se décompose. Il n’avait pas prévu de faire la fête la plus réussie mais n’imaginer personne pour lui souhaiter une bonne continuation est dur à avaler.   — GettyImages

Dans chaque exemplaire de 20 Minutes, vous retrouvez désormais un feuilleton écrit par la team Rocambole. Rocambole, c’est l’app (Android, iOS) sur laquelle vous êtes déjà plus de 60.000 à aimer lire tous les jours ! Elle propose des histoires 100 % exclusives, en épisodes de 5 minutes, sur votre smartphone.

Dans « Le Pacte », écrit par Emily Chain et Anaël Verdier, quatre amis se font la promesse de tout faire pour réaliser leur rêve. Si vous avez raté le début, rendez-vous sur notre site ou téléchargez l’app Rocambole ! Voici les épisodes de la semaine du 21 juin pour celles et ceux qui les ont ratés…

Épisode 6 – La caverne magique 

— Allez, Elias, tu peux bien m’en prendre trois, insiste Louise, t’as de la place sur cette étagère !

— Non, rétorque le libraire. Il n’y a pas de polars chez moi, tu le sais.

— C’est absurde. C’est l’un des genres qui se vend le mieux.

— Tu as vu où tu es ? s’amuse-t-il.

Autour de Louise, sur des tables bancales et dépareillées, des piles de livres en équilibre précaire menacent de s’écrouler à la moindre vibration du sol. Les bibliothèques ne valent pas mieux, avec leurs étagères gondolées par le poids des livres entassés sans ordre apparent. Dans le fond, une estrade qui grince devant un pan de mur en brique, face à des poufs et quelques tabourets assortis au reste. Et Assane.

— Il a raison, intervient ce dernier. Elias, c’est un amoureux des livres, pas un marchand.

— L’un n’empêche pas l’autre, s’indigne Louise en se tournant vers Elias : tu as bien un loyer à payer, des charges. Pourquoi est-ce que tu t’entêtes ?

À ces mots, le libraire aux tempes grises perd son sourire :

— Dis-moi, ma fille, tu crois que je t’ai attendue pour tenir ma boutique ? Elle est comme ma maison, je la tiens avec rigueur et douceur depuis trente ans sans un paiement en retard. Ni pour le loyer, ni pour l’URSSAF. Et tout ça sans jamais avoir vendu un seul roman policier.

Louise n’a pas besoin du regard réprobateur d’Assane pour se sentir merdeuse.

— Excuse-moi Elias, je ne ne voulais pas…

Pas rancunier, le libraire l’interrompt :

— C’est fini, on n’en parle plus. Laisse-moi un de tes livres. S’il me plaît, on en reparlera.

Épisode 7 – Vocations

À écouter Antoine parler de ses missions d’intérim, Samia s’interroge. Quelle place cela laisse-t-il pour sa vocation ?

C’est impossible pour elle de concevoir que l’on puisse ne pas se sentir porté par une vision professionnelle ambitieuse. Pas le genre d’ambition opportuniste et matérialiste de Louise, mais un désir de dépassement de soi. À quoi bon s’épuiser 8 heures par jour dans son boulot sans cela ?

— Si je travaille dans une agence exigeante, explique-t-elle, c’est pour bosser sur des bâtiments qui durent et qui changent le regard que les gens portent sur la ville. Tout le monde a ce désir de mener une vie plus grande que soi. Regarde Louise et ses fantasmes de millions, Assane qui vise le Goncourt. Même Étienne avait ça, avec son projet d’escalade. Et toi, Antoine, c’est quoi le grand rêve de ta vie ?

Antoine hausse les épaules.

— Juste vivre, ça ne suffit pas ?

Samia secoue la tête d’incompréhension.

— Il n’y a pas quelque chose qui t’allume de l’intérieur, insiste-t-elle, une passion de quand tu étais gosse ?

Antoine se renfonce dans son canapé, il semble faire un effort de mémoire.

— J’aimais bien faire du vélo, finit-il par proposer.

Samia refuse de se résigner.

— Oui, enfin, tu ne vas pas devenir cycliste professionnel.

— Ben non, confirme Antoine.

— Ne t’en fais pas, je vais t’aider à trouver, promet-elle. Au nom de notre pacte.

Puis, changeant de sujet :

— Tiens, en parlant d’aider. Ma copine Alice cherche à se reconvertir. Tu voudrais pas la briefer sur l’intérim ?

Épisode 8 – Énième départ pour Antoine.

Un pot de départ sous COVID ce n’est pas joyeux, mais comme dit Assane, un verre d’alcool ça désinfecte. Antoine termine donc d’installer petits gâteaux et verres en plastique pour fêter la fin de sa mission quand son superviseur arrive : 

— Qu’est-ce que tu fais ? 

— Je me suis dit qu’on apprécierait de boire un coup avant mon départ ! 

Antoine est joyeux. Il adore débuter et terminer une mission. C’est le commencement de quelque chose d’autre. 

— Ah… 

L’homme est plutôt sur la réserve. 

— Un problème ? 

— C’est que les collaborateurs n’ont aucune idée que tu pars aujourd’hui, ni même de qui tu es si tu veux mon avis. La DRH a même invité tout le monde à partir plus tôt pour éviter les embouteillages et terminer leurs dossiers en télétravail . 

— Oh… 

Antoine se décompose. Il n’avait pas prévu de faire la fête la plus réussie mais n’imaginer personne pour lui souhaiter une bonne continuation est dur à avaler. 

Il se remémore la conversation qu’il a eue avec Samia quand le superviseur pioche dans les cacahuètes. 

— Tu es sûr de ne pas vouloir faire partie d’une équipe, un jour ? Tu sais, j’aime bien me dire que mon travail c’est ma deuxième famille. 

Antoine adore sa famille et n’a jamais imaginé devoir en recréer une.

— Ahah ! Moi, dans une boîte, jamais.

Un silence gêné  s’installe entre les deux hommes.

—  Bon, je dois y aller. C’était… sympa, lâche le superviseur sans le regarder. 

Aïe… Samia avait raison, c’est douloureux parfois de ne faire partie de rien.