Coronavirus : Pour Hadrien Le Roux, « le risque, c’est que la précarité affecte la santé des jeunes »

#MOIJEUNE Le fondateur d'HEYME et président de la Smerep s'inquiète des conséquences du coronavirus pour les jeunes à l'issue de la dernière vague du baromètre #MoiJeune

Laurent Bainier

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Hadrien Le Roux, président de la Smerep et fondateur d'HEYME
Hadrien Le Roux, président de la Smerep et fondateur d'HEYME — HEYME

Le virus les a plutôt épargnés. Mais la crise, elle, les guette. Semaine après semaine, les 18-30 ans nous ont donné leur ressenti sur le confinement, leur quotidien et « l’après » à travers le baromètre MoiJeune que « 20 Minutes » a lancé avec HEYME et OpinionWay*. Hadrien Le Roux, président de la Smerep et fondateur de l’assurance étudiante HEYME, tire un bilan contrasté de ces consultations.

Vague après vague, le baromètre MoiJeune a mis en évidence un réel mal-être chez les jeunes pendant la crise du coronavirus. 46 % des 18-30 ans craignent, par exemple, pour leur santé mentale pendant le confinement. Vous attendiez-vous à un tel malaise ?

Honnêtement, oui. Très vite, de nombreux acteurs de santé publique ont évoqué le risque de détresse psychologique que couraient les plus jeunes. Cette tranche d’âge est à la fois celle qui a normalement le plus de rapports sociaux et celle qui doit rester confinée dans les plus petits appartements. On sait que ce confinement est pour une très large majorité d’entre eux, et notamment les plus précaires, une épreuve. Et je pense aussi aux étudiants étrangers, coincés ici, ou aux étudiants français confinés à l’étranger.

Une épreuve psychologique qui se double d’une épreuve économique. 76 % pensent qu’il y aura davantage d’inégalités sociales au sortir de cet épisode…

C’est le second enseignement. Cette crise sanitaire va déboucher sur une crise économique et les plus jeunes se posent légitimement beaucoup de questions. Quelle va être la valeur de leur bac ? Quels seront les débouchés demain ? Comment se faire embaucher, trouver un stage, une alternance dans ces conditions bien spécifiques…

Cette précarité accrue peut-elle avoir des conséquences pour leur santé ?

On a vu un phénomène se produire, qu’on n’imaginait pas de cette ampleur. Lorsque le gouvernement a décidé de basculer la gestion de la Sécurité sociale étudiante aux différentes caisses primaire d’assurance maladie, le taux de couverture des jeunes a diminué de façon drastique. On était à plus de 85 % couverts par une complémentaire santé et en une année, on est passé à 64 %, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour eux. Car lorsqu’on ne peut compter que sur la Sécurité sociale et qu’on anticipe des frais de santé qui ne seront pas remboursés, on se tourne souvent vers l’automédication. On consulte moins de médecins, on ne va pas chez des spécialistes. Or, on sait que certaines petites infections mineures de jeunesse, si on ne les traite pas à temps, peuvent devenir des pathologies majeures bien plus tard.

Nous avons pu constater qu’en mars, les jeunes ont continué à souscrire des complémentaires santé, mais en avril, voyant arriver la crise économique, ils ont réduit leurs frais de santé. Le risque, c’est que cette précarité affecte la santé des jeunes.

86 % des 18-30 ans nous ont fait part de leur défiance envers les institutions. Les pouvoirs publics ont-ils pris suffisamment tôt la mesure de ce qui pèse sur les plus jeunes ?

Non mais on peut évidemment entendre que ça n’a pas été leur priorité. La première chose à faire était de gérer la crise sanitaire. Puis de s’atteler aux crises annexes qui pouvaient avoir des répercussions majeures plus tard. On peut comprendre ce retard mais cette question doit devenir prioritaire, surtout si l’économie ne repart pas de manière optimale pour les plus jeunes.

Dans la dernière vague de notre baromètre, 44 % des jeunes pensent que la société française post-Covid-19 sera pire qu’avant. Vous vous attendiez à un tel chiffre ?

Je suis davantage surpris par ce chiffre. Cette génération est une actrice majeure du changement de modèle sociétal. On le voit dans sa volonté de consommer différemment, dans son regard sur la mondialisation. Elle est portée par un élan d’espoir vers une meilleure société, avec un vivre ensemble réinventé. C’est cet optimisme que j’ai envie de voir.

Mais en même temps, comment ne pas imaginer que la crise économique qui risque d’arriver et de toucher les plus précaires n’altère pas leurs idéaux. Si demain on a des difficultés à embaucher, que les jobs d’été, les jobs saisonniers, toutes ces sources de revenus sont lourdement impactées, l’avenir meilleur que propose la jeunesse d’aujourd’hui passera au second plan. Elle sera contrainte de revenir aux fondamentaux. Et les fondamentaux, c’est travailler, se nourrir…

C’est l’héritage principal à attendre de cette période de confinement ?

Non, je crois qu’on va également garder des traces très positives de la crise qui nous touche. La jeunesse a été traversée par un mouvement profond de solidarité : des jeunes ont voulu aider leurs aînés, d’autres ont voulu accompagner les agriculteurs, certains ont eu envie de travailler pour les hôpitaux… Cette solidarité va perdurer.

Regardez comment, aujourd’hui, nous prenons la peine de demander aux inconnus que nous rencontrons comment ils vont, comment se passe leur confinement ! Nous, on avait perdu ces relations-là la fois simples et chaleureuses. Je suis convaincu que cette période nous a tous ramenés à un certain nombre de fondamentaux. On est tous d’accord pour dire que le “faire société” a été défaillant ces dernières années. Cette crise peut sans doute ramener un peu plus de solidarité dans une société plus ouverte.

Baromètre « #MoiJeune, Confiné et demain ? », HEYME – 20 Minutes – OpinionWay, réalisé en ligne chaque semaine du 3 avril au 3 mai 2020 auprès d’un échantillon représentatif de 549 à 682 jeunes âgés de 18 à 30 ans, selon la méthode des quotas.

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MoiJeune », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.